Relations mai-juin 2016

La puissance de la création

Claudette Carbonneau

L'avenir du Bloc n'est pas joué, mais il y a urgence à agir

L’auteure, ex-présidente de la CSN, est présidente des Organisations unies pour l’indépendance du Québec (OUI Québec)

La présence d’un parti souverainiste à Ottawa a longtemps divisé les indépendantistes et faisait déjà partie des débats à l’époque de René Lévesque, dans les années 1970-1980. À la faveur de l’échec de l’Accord du lac Meech, en 1990, la donne va toutefois changer radicalement : le Bloc québécois sera créé en 1991 et dominera la scène politique fédérale au Québec en se classant pendant six élections comme le parti préféré des Québécois (entre 1993 et 2011). C’est en soi tout un exploit pour un parti condamné à l’opposition !
 
En 2011, le vent tourne et la défaite est cuisante : le Bloc fait élire à peine 4 députés sur 75 au Québec. Dix seront élus en 2015, mais le pourcentage des votes engrangés connaît un creux historique. Qu’est-ce qui explique ces revers ? Surtout, y a-t-il un avenir pour le Bloc ?
 
Déboires des indépendantistes au Québec
Le Bloc est d’abord et avant tout victime d’une tendance lourde, qui émane de la scène québécoise elle-même. Entre 2003 et 2018, année de la prochaine élection québécoise, le Parti libéral du Québec aura gouverné pendant 13 ans et demi, tuant dans l’œuf tout espoir d’une consultation sur l’avenir du Québec. Dur contexte pour une formation politique fédérale pensée comme une équipe de défense efficace et indispensable de la position indépendantiste à Ottawa advenant un référendum – rôle qu’elle a d’ailleurs joué en 1995. Or, non seulement la perspective d’une prise de pouvoir par une majorité d’indépendantistes à Québec semble-t-elle hors d’atteinte, mais l’offre politique d’un plan de match clair et crédible pour aller vers l’indépendance fait aussi cruellement défaut. Ce manque de cohérence au sein des partis indépendantistes a pesé lourd sur le Bloc en 2011 et en 2015.
 
L’élection québécoise de 2018 peut toutefois encore réserver des surprises. La question de l’indépendance est plus présente au Parti québécois ; elle reste le moteur chez Option nationale et les appels à converger se font sentir au sein de Québec solidaire, une formation souverainiste dont les trois élus proviennent de circonscriptions fortement indépendantistes. Une bonne nouvelle : l’appui à l’indépendance est plus important que la somme des résultats électoraux des partis indépendantistes, n’en déplaise aux fédéralistes !
 
Ce qui peut changer la donne, c’est la volonté de la société civile de prendre sa place dans le débat national et d’appeler à plus de convergence. C’est le pari des Organisations unies pour l’indépendance du Québec (OUI Québec, ancien Conseil de la souveraineté) qui ont mis en place une table de concertation avec les partis indépendantistes. Tous y participent et les activités publiques de convergence s’additionnent.
 
L’exemple catalan est inspirant. Là-bas, la société civile est devenue en peu de temps un rouage majeur de la montée de la ferveur indépendantiste et de la réponse convergente des partis politiques. Si tel était le cas chez nous, l’avenir du Bloc s’en trouverait transformé, du moins pour la prochaine élection. Comme présidente des OUI Québec, j’affirme que nous y travaillons fort.
 
Un nouveau contexte fédéral
Malgré les déboires des partis indépendantistes au Québec depuis 2003, le Bloc avait réussi à se maintenir. Des enjeux liés à la question nationale, comme le scandale des commandites, ont contribué à son succès. En outre, la présence de gouvernements minoritaires à Ottawa, la discipline et la rigueur du Bloc à cette époque, ont certainement permis de créer un rapport de force qui donnait du sens à ce parti nationaliste. De plus, le Bloc a su définir le rôle qu’il entendait jouer à Ottawa et justifier son existence : opposition constructive, défense inconditionnelle des institutions et des intérêts du Québec, dialogue avec le reste du Canada… Le tout assorti de cibles claires et bien en phase avec les humeurs des Québécois : déséquilibre fiscal, défense de l’industrie forestière, de l’assurance-emploi, etc.
 
L’exercice, toutefois, a vieilli, et le Canada a changé. Les années Harper ont déplacé le centre d’intérêt des questions constitutionnelles vers des débats sur l’axe gauche-droite. Surtout, comme on l’a vu dans le dossier du pipeline Énergie Est, le « rest of Canada » est moins enclin à comprendre le Québec qu’à vouloir, parfois, le mettre à la porte…
 
Dans ce contexte, le Bloc doit plus que jamais se pencher sur sa mission, l’actualiser et la redéfinir, ce qu’il n’a pas fait depuis longtemps. Qu’est-ce que le Bloc québécois en 2016 ? Le seul appel au ralliement des souverainistes, de même que celui, trop vague, en faveur de la défense des intérêts du Québec, ne suffisent manifestement plus à répondre efficacement à cette question. 

La puissance de la création



Restez à l’affut de nos parutions !
abonnez-vous à notre infolettre


Share via
Send this to a friend