Relations décembre 2006

Les veines ouvertes de l'Afrique

Marco Veilleux

L’accès des femmes aux ministères ordonnés

Les 27 et 28 octobre dernier, à Montréal, plus de 130 personnes se sont rassemblées pour débattre d’une question incontournable pour la crédibilité de la foi et l’avenir de l’Église.

Organisé par le Centre justice et foi, en partenariat avec le Centre Saint-Pierre, Femmes et Ministères et L’autre Parole, ce colloque avait pour titre « L’accès des femmes aux ministères ordonnés dans l’Église catholique : une question réglée? » Véritable succès d’assistance – faisant mentir ceux qui croient qu’il n’y a plus personne qui s’intéresse à ce débat –, ces assises ont été l’occasion de constater que, malgré l’interdit « officiel », des recherches et des expérimentations se poursuivent au sein même du catholicisme.

En effet, des catholiques déconstruisent les arguments qui servent à justifier le refus d’ordonner des femmes, reconnaissent le discernement de celles qui aspirent au diaconat et au presbytérat, renouvellent la théologie des ministères, expérimentent d’autres pratiques de leadership ecclésial et s’intéressent à l’expérience des Églises qui ont ouvert la voie ministérielle aux femmes.

Ainsi, lors de la conférence inaugurale du colloque, l’exégète Olivette Genest a relu, à la lumière de l’exégèse biblique, les arguments avancés par les autorités romaines pour refuser l’accès des femmes aux ministères ordonnés. Selon elle, « les passages bibliques retenus comme réservant le sacerdoce ministériel aux hommes sont fort vulnérables. En leur qualité de textes marginaux et mineurs par rapport au grand enjeux théologiques et christologiques de la Bible, ils ne peuvent guère servir à étayer des conclusions doctrinales en théologie des ministères. Surtout, étant donné leur complexité, ils demeurent en attente d’une herméneutique plus poussée ».

Le lendemain matin, Marie-Thérèse van Lunen Chenu, cofondatrice de l’association française Femmes & Hommes en Église, a rappelé que « si, dans la société civile des pays qui se réfèrent à la norme des droits humains, le sexisme est prohibé par les lois mais perdure dans les mœurs, dans les structures institutionnelles catholiques, le sexisme est encore la règle – à la fois dans les mœurs et dans les lois ». Cet enfermement du catholicisme sur lui-même pourra-t-il perdurer? Susan Roll, théologienne de l’Université Saint-Paul, a ensuite parlé de l’impact « symbolique », pour les croyantes, de la non-représentation des femmes au sein de la hiérarchie catholique – en termes d’image de soi, de rapport au pouvoir et de rapport au sacré. Puis, Pauline Jacob – dans la foulée de sa thèse doctorale soutenue à l’Université de Montréal –, a rendu compte de sa recherche fort interpellante auprès de femmes qui discernent présentement un appel à l’ordination dans l’Église catholique du Québec.

En après-midi, une table ronde à teneur œcuménique a permis à Patricia Peacock, prêtre anglicane, et à Faye Wakeling, ministre de l’Église unie, d’exposer les processus et instances de décision, au sein de leur Église respective, ayant favorisé l’accès des femmes aux ministères institués. En écho à ces présentations, Gisèle Turcot, ancienne présidente de la Conférence religieuse canadienne, a dressé l’historique et le portrait de la situation actuelle au cœur du catholicisme où, malgré le « blocage romain », de multiples lieux d’expérimentation, de résistance et de discernement s’organisent.

À partir de ces riches exposés – et sous l’habile animation de la sociologue Marie-Andrée Roy –, ce colloque a permis aux participantes et aux participants de s’approprier le débat par le biais d’un travail en ateliers, où ils ont pu élaborer des pistes d’action pour contrer le sentiment d’impasse et interpeller l’institution. Ces pistes se regroupent en cinq volets : 1) mettre en réseau les femmes qui discernent un appel à l’ordination et établir des alliances entre différents groupes nationaux, internationaux et œcuméniques qui sont préoccupés par cet enjeu; 2) rompre le silence sur la question de l’ordination des femmes en développant des stratégies de communication pour que ce débat soit présent dans l’espace public et pour que les « pratiques ministérielles » qu’accomplissent déjà nombre de femmes dans l’Église catholique soient enfin reconnues; 3) faire mieux connaître la recherche, les arguments favorables à l’ordination des femmes et la fragilité des positions romaines par un travail d’éducation et de sensibilisation de la population; 4) interpeller nos évêques, leur présenter des candidates au sacerdoce soutenues et accompagnées par des communautés chrétiennes et leur demander de tenir compte de ce discernement; 5) enfin, mettre en œuvre des actions ponctuelles : colloques, interventions médiatiques, activités attirant l’attention sur un « autre visage » de l’Église.

Une liturgie d’envoi, présidée par Annine Parent, a conclu ces assises en célébrant la reprise d’une parole collective, au sein du catholicisme québécois, sur cet enjeu fondamental.

« Obéir, c’est aussi résister! », disait le théologien Marie-Dominique Chenu, réduit au silence par Rome en 1954 pour avoir soutenu les prêtres-ouvriers. Cette résistance – et les pistes d’actions pour l’incarner – a été le ressort de ce colloque (un enregistrement DVD de l’événement, pouvant servir d’outil d’animation et de réflexion, est disponible au Centre justice et foi).

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