Relations novembre-décembre 2016

La trahison des élites : Austérité, évasion fiscale et privatisation au Québec

Diane St-Antoine

À la poursuite de la paix – Réalisation: Garry Beitel

En ces moments troubles où l’on cherche à résoudre les conflits à coup d’attaques ciblées avec des drones téléguidés, le documentaire À la poursuite de la paix de Garry Beitel ouvre une brèche dans le discours de la violence, du recours aux armes et de la légitimation de la guerre. Ce film est une bouffée d’air frais dans le discours ambiant de la peur. Il présente des initiatives certes de longue haleine, mais combien plus humaines !
 
À travers les portraits de quatre travailleurs qui œuvrent dans le difficile métier de la construction de la paix, notamment au sein de communautés qui s’affrontent, Garry Beitel démontre les effets positifs des ateliers sur la paix ou encore de la médiation dans la résolution de conflits, par exemple.
 
Le réalisateur et son directeur photo Philippe Lavalette se sont rendus dans plusieurs coins chauds du globe tels le Soudan du Sud, le Kurdistan, l’Irak ou encore la République démocratique du Congo. La caméra sensible et attachante de Lavalette a filmé la vie quotidienne de civils, ces victimes « collatérales » de plus en plus nombreuses.
 
Si le film parle de paix, la violence n’est jamais très loin. Elle rôde dans les paroles des gens, dans leurs comportements et leurs gestes. Ce documentaire remet en question l’utilisation de l’armée comme seul moyen de mettre fin aux hostilités. Comme le dit si bien un formateur interviewé dans le film, s’il avait connu des décennies de guerre, des massacres, la peur constante qui colle aux entrailles, il se serait sans doute lui aussi enrôlé dans le groupe armé État islamique, à l’instar de milliers d’Irakiens qui voient dans cette organisation terroriste un salut aux problèmes qui les assaillent. La violence leur semble la réponse légitime pour mettre fin à ces horreurs. À la poursuite de la paix nous apprend qu’on peut la désamorcer, la confronter et que chacun peut la métamorphoser en un outil de réconciliation. C’est cette portion d’humanité qui jaillit malgré la colère, la haine et la vengeance que le réalisateur essaie de trouver chez les protagonistes. Car répondre à la violence par la violence est un réflexe spontané, comme une étincelle qui met le feu aux poudres. Le processus de paix demande un changement de savoir-être et de savoir-faire. Apprendre à voir l’humanité chez l’autre, l’écouter et faire un pas vers lui nécessitent tout un travail sur soi, un temps de réflexion. Il est vrai que ces actions s’inscrivent dans la durée et que, bien souvent, on peine à en entrevoir la fin. Dans certains cas, 40 ans peuvent s’écouler avant que chacun soit prêt à écouter l’autre.
 
Dans une séquence qui se déroule durant un atelier donné à des réfugiés irakiens, la caméra s’attarde à la souffrance, à la réflexion, à l’horreur qui se lisent sur les visages des hommes et des femmes. Le travail d’introspection qu’ils y font pourra peut-être déboucher sur une Commission vérité et réconciliation dans quelques années et ainsi guérir des blessures.
 
Les témoignages de deux membres des Peace Corps (Corps des volontaires de la paix) qui travaillent dans un camp de réfugiés au Soudan du Sud sont un autre exemple admirable. Lors d’une attaque par des insurgés, ces travailleurs de l’humanitaire n’ont que la parole comme arme et, avec elle, ils font reculer les soldats rebelles. Ils ont ainsi protégé les femmes et les enfants du camp. Évidemment, certains sont tombés sous les balles, mais combien ont survécu à la fureur et à la tuerie par la force de leur résistance, sans fusils ni mitraillettes ?
 
Une très belle scène au début du film montre des gardiens de troupeau, au Soudan du Sud, mitraillette à la main, qui avancent d’un pas cadencé et souple dans une danse quasi gymnastique tout en se déplaçant dans un brouillard de fumée ou de sable – on ne sait. Elle illustre bien cette phrase : « quand on a un fusil dans la main, qu’est-ce qui nous différencie d’une autre cause ? »
 
Ce documentaire nous révèle, en plein cœur de l’horreur, le côté lumineux du conflit quand l’impossible devient possible, quand la parcelle d’humanité qui nous habite fait reculer la violence et la guerre. Un rayon d’espoir dans la propagande guerrière actuelle.

 
 
Documentaire
À la poursuite de la paix
Réalisation : Garry Beitel
Production, Barry Lazar, reFrame Films
Québec, 2015, 85 min.

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