Relations novembre-décembre 2016

La trahison des élites : Austérité, évasion fiscale et privatisation au Québec

Denise Couture

La popularité du pape François sert d’écran au régime d’apartheid des femmes prôné par le Vatican

L’auteure est professeure à la Faculté de théologie et de sciences des religions de l’Université de Montréal
 
 
On aime aimer le populaire pape François. Les gens de la gauche aiment le considérer comme un pape progressiste, particulièrement sur les questions sociales, mais parfois même concernant les rapports entre les hommes et les femmes. Or, j’affirme que l’on se fait une image illusoire de François. Sous une attitude avenante, il soutient en effet une politique de domination au détriment, particulièrement, des femmes et des minorités sexuelles.
 
Reconnaissons un fait : le pape François dirige une institution qui prône un régime d’apartheid des femmes aux effets néfastes immenses sur les vies et sur les droits des femmes partout dans le monde, à l’intérieur comme à l’extérieur de l’Église catholique romaine. Sa popularité peut faire écran à une critique urgente et nécessaire de la politique du Saint-Siège en ce qui concerne les rapports de sexe.
 
Une doctrine patriarcale
Jean-Paul II a élaboré en détail la pensée contemporaine du Saint-Siège en la matière sous le vocable de « théologie de la femme ». Celle-ci décrète que Dieu a créé une nature immuable de la femme comme l’autre de l’homme ; la femme occuperait la fonction de mère physique ou spirituelle au service des autres ; elle serait complémentaire de l’homme.
 
Cette vision s’exprime dans une séparation des fonctions politiques, sociales et spirituelles des hommes et des femmes (apartheid) dont une exclusion des femmes de la prêtrise et des rôles de direction dans l’Église. Elle établit aussi une politique d’hétérosexualité obligatoire, anti-homosexualité et anti-LGBTIQ. « L’acte sexuel » est permis seulement à l’intérieur du mariage hétérosexuel indissoluble. La contraception et l’avortement sont interdits.
 
Une telle doctrine patriarcale, édictée par un groupe d’hommes et imposée comme une vérité unique, sert une politique de subordination du groupe des femmes au groupe des hommes.
 
Certes, il peut paraître abrupt de présenter la position du Saint-Siège de façon aussi tranchante. Les organismes du Vatican la formulent autrement, de manière adoucie et recevable. Ils utilisent plutôt des concepts féministes, inversant leur signification et camouflant l’irrecevable. Ils emploient à profusion l’expression « égalité des sexes », alors qu’ils l’entendent au sens d’une complémentarité dans la différence (séparation) de fonctions par ailleurs égales en dignité. Ils utilisent le concept féministe de « libération de la femme », réemployé au sens de la valorisation du rôle de mère au service des autres. Ils parlent de « lutte contre la discrimination des femmes », mais pour signifier notamment la lutte contre des lois civiles « injustes » permettant l’accès à la contraception ou à l’avortement.
 
Le pape François et les femmes
Depuis son élection, François a nommé des femmes à des postes de responsabilité au Vatican pour leur contribution spécifiquement féminine. Il utilise une stratégie positive de communication, faisant régulièrement des déclarations positives sur les femmes, comme lorsqu’il a dit devant la Commission théologique internationale, en décembre 2014, que les femmes en poste de responsabilité « sont comme les fraises dans un gâteau ! Il en faut plus ! », ou encore, en juin 2014, que « la femme est la plus belle chose que Dieu ait créée ».
 
Ces déclarations – pour le moins discutables – ne s’écartent pas pour autant de la « théologie de la femme » prônée par le Vatican. Pour François, le féminisme représente en effet une menace pour l’identité et pour la dignité de la femme en tant que mère. Il a aussi dit devant des religieuses : « Il ne faut pas tomber dans le féminisme parce que cela réduirait l’importance de la femme » (mai 2016). Cependant, lors d’une rencontre à Rome en septembre 2015, il s’est dit « un peu féministe »…
 
On construit donc une image trompeuse de François. Nous avons le défi de surmonter l’effet d’écran à la critique que provoque sa popularité, et ce, y compris sur ses positions en matière écologique, socioéconomique et politique qui, d’une certaine façon, peuvent contribuer à maintenir certaines oppressions. Il faut voir, entre autres, comment François relie l’énoncé écologiste « tout est lié » à l’interdiction de l’avortement (Laudato Si’, no 120). Il ne faut pas non plus perdre de vue que le régime de ségrégation prôné par le Vatican est éminemment politique et non seulement une question morale, dimension à laquelle on réduit souvent les enjeux liés aux droits des femmes.
 
S’il est vrai que certains discours du pape peuvent renforcer des luttes contre des injustices, cela ne suffit pas. Il faudrait construire un mouvement mondial, interne et externe à l’Église, qui vise à faire tomber le régime d’apartheid des femmes promu par le Vatican.

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