Relations Septembre 2012

Une Église appauvrie: une chance?

Eve-Lyne Couturier

La Politique pour les aînés

L’auteure est chercheure à l’Institut de recherche et d’informations socio-économiques (IRIS)

Bien qu’elle tente de cerner la nouvelle réalité démographique, cette politique du gouvernement québécois comporte des lacunes.

 
« Les vieux sont partout! Ils nous coûtent cher! Ils épuisent toutes nos ressources! », clament certains. Pourtant, le Québec n’en est pas à son premier choc démographique.
 
En 1950, les bébés étaient nombreux. L’arrivée massive de ces jeunes à l’école a nécessité la construction de plusieurs établissements scolaires. Les politiques en matière d’éducation ont évolué en même temps que cette cohorte, s’adaptant à cette nouvelle réalité. Elles ont eu des répercussions sur toutes les générations suivantes, permettant d’améliorer substantiellement les taux de diplomation des Québécois. La crise étudiante et sociale des derniers mois prouve à quel point la population tient à son système d’éducation.
 
Mais ceux et celles qui ont connu la démocratisation de l’éducation ne sont plus jeunes. Exit l’image d’une force mobilisatrice ayant créé des institutions solides et accessibles, on nous les présente maintenant comme des boulets, comme un danger pour la stabilité sociale et la prospérité.
 
Il serait pourtant possible de mettre en chantier des réformes – à la fois des institutions et des mentalités – pour adapter la société aux nouveaux défis, sans pour autant négliger les autres groupes d’âge de la société. C’est un peu ce que la nouvelle politique du gouvernement libéral, intitulée Vieillir et vivre ensemble etlancéele 3 mai dernier, cherche à faire, à la suite d’une longue démarche consultative auprès des personnes âgées, de ceux et celles qui travaillent auprès d’elles et de différents organismes. Le ministère de la Famille et des Aînés propose un ensemble de mesures pour favoriser le maintien à domicile des aînés et de valoriser leur apport social. La proposition est ambitieuse et se décline dans un document de plus de 200 pages.
 
Cette politique, sans être parfaite, brosse un portrait honnête de la situation et repose sur une bonne analyse des défis qui nous attendent collectivement. On peut toutefois y déplorer quelques « vices cachés » : par exemple, bien qu’on y ajoute quelques places, les centres d’hébergement et de soins de longue durée (CHSLD) sont relativement absents du plan. Des exemples internationaux montrent pourtant que de simples réformes permettent d’améliorer la qualité de vie dans ces centres, en donnant notamment le temps aux professionnels de santé d’offrir un service attentif et personnalisé, en rendant les milieux de vie plus conviviaux et en faisant participer les personnes âgées à certaines décisions organisationnelles. En misant plutôt sur le maintien à domicile, le gouvernement choisit au fond la voie du désengagement en confiant un plus grand rôle aux organismes à but non lucratif (l’économie sociale), voire au secteur privé.
 
On recommande également une meilleure conciliation travail/retraite, ainsi que l’adaptation des milieux de travail et des tâches aux employés vieillissants. Avec le report de l’âge de la retraite proposé par le gouvernement fédéral, cette orientation semble plus que nécessaire. Toutefois, aucune amélioration, assurance ou garantie n’est mise de l’avant en ce qui concerne les revenus de retraite. Devant l’endettement de plus en plus important des aînés et la dégradation de leur situation financière, une réflexion collective sur ce sujet s’impose.
 
Afin de mettre en place l’ensemble du plan, une coordination entre 18 ministères et organismes gouvernementaux, ainsi qu’un généreux budget de 2,7 milliards de dollars sur cinq ans, sont prévus. Or, cinq ans, c’est court pour changer les mentalités et les pratiques, et pour modifier des structures institutionnelles dans un contexte de partenariat entre des organisations aux priorités différentes. Et 2,7 G milliard de dollars, c’est énorme quand on pense à toutes les coupes qui ont été annoncées dans les derniers budgets, à la taxe-santé ou à l’augmentation des frais de scolarité, par exemple.
 
Si des réformes sont nécessaires pour adapter la société à la nouvelle réalité démographique, le faible investissement de la première année (200 M $) fait dire à plusieurs observateurs qu’il s’agit bien plus d’une promesse électorale que d’une véritable politique pour les aînés québécois. Dans un contexte de crise sociale qui divise la population, le gouvernement libéral se rabat ainsi sur une frange de l’électorat qui l’appuie traditionnellement. Bien entendu, le gouvernement s’en défend, en soutenant que sa politique a été développée depuis longtemps et qu’elle vise à répondre à des besoins réels et pressants. Or, l’un n’empêche pas l’autre.

Une Église appauvrie: une chance?

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