Relations juin 2007

Où va notre système de santé?

Claude Vaillancourt

La philanthropie s’intègre à une organisation de l’économie qui n’est pas à l’avantage de tous

L’auteur a publié, en 2006, Mainmise sur les services (éd. Écosociété)

Depuis peu, les médias rapportent avec insistance les actions généreuses de plusieurs milliardaires. Ceux-ci reçoivent des éloges à la mesure de leur générosité : il serait difficile en effet de considérer négativement un pareil dévouement, de refuser de reconnaître des bienfaits qui profitent largement à des populations en peine. Mais il faut voir plus loin et comprendre comment les dons des milliardaires, aussi généreux soient-ils, s’intègrent à une organisation de l’économie qui n’est pas à l’avantage de tous.

Charité humiliante et aléatoire

Réfléchir à la charité nous ramène à la question plus large de la distribution de la richesse. La création de l’État moderne a fait reculer de beaucoup le champ d’action de la charité. Pour des raisons évidentes : la charité est humiliante pour celui qui doit la recevoir; elle force celui qui la reçoit, souvent victime d’une injustice, à exprimer sa gratitude. Elle permet rarement à celui qui en profite de devenir autonome. Elle relève du hasard des rencontres et de l’humeur du riche qui veut bien donner. Très souvent, elle ne peut s’exercer dans la continuité.

L’État de droit a su pallier les inconvénients de la charité. Par un impôt progressif sur le revenu, il permet d’assembler les sommes nécessaires pour subvenir aux besoins de la population. Dans ce système, tout citoyen a droit à un logement, à une éducation de qualité, à des soins de santé de qualité, à des loisirs, à des activités culturelles. Tout doit être planifié de façon à ce qu’aucun citoyen ne soit laissé-pour-compte, à ce que tous soient traités également, peu importe l’origine, le revenu, la religion.

Or l’économie néolibérale vient miner peu à peu ce système. Ses penseurs ne reconnaissent plus l’importance d’un État responsable et prenant en charge la distribution de la richesse. D’importantes mesures ont été mises en place pour réduire la place de l’État : privatisation progressive des services publics, diminution d’impôt pour les plus nantis, encouragements à l’évitement fiscal par un accès facilité aux paradis fiscaux, démantèlement des lois mises en place pour protéger l’environnement et le citoyen.

Éviter de combattre la pauvreté

Résultat de ces mesures : un écart toujours plus grand entre les riches et les plus démunis, et la pauvreté qui se perpétue. Pour régler le problème, on fait appel à la générosité des riches. Dans une certaine mesure, les milliardaires charitables viennent se substituer à l’État. Après avoir passé des années à profiter de subventions de l’État, à créer des oligopoles qui contrôlent le marché, à éviter de payer de l’impôt de toutes les façons possibles, ils mettent sur pied de puissantes fondations qui occupent la place d’un ministère. Ces fondations agissent cependant selon les volontés de leurs dirigeants et ne s’intègrent en rien au fonctionnement d’une société démocratique. Et en plus de faire la charité, elles deviennent des monuments à la gloire du généreux donateur.

L’aisance avec laquelle les riches évitent leur devoir de citoyens de payer de l’impôt dépasse tout ce qu’on pourrait imaginer. Les sommes considérables qui échappent ainsi à l’État pourraient assurer aux citoyens des services publics très efficaces, une aide sociale développée et une aide économique importante aux pays pauvres. De plus, des taxes minimales sur les transactions financières rapporteraient des milliards de dollars qui permettraient de régler de façon durable une grande part des problèmes liés à la pauvreté et cela, sans ralentir l’économie. Or les milieux financiers sont les plus farouches opposants à ce genre de taxes.

La générosité des milliardaires nous envoie un message trompeur : le dévouement et la conscience sociale des riches compenseront les déficiences d’États fondamentalement inefficaces. Elle s’intègre dans une vaste stratégie – consciente ou non – de réduire la place de l’État de droit et de favoriser un libéralisme qui sert d’abord et avant tout à enrichir une minorité de citoyens. Nous croirons en la générosité des riches et nous leur en serons grandement reconnaissants lorsqu’ils se feront un honneur de payer leur juste part d’impôt et qu’ils contribueront à mettre en place un système de taxation sur les transactions financières. Ainsi, ils aideront leurs concitoyens avec efficacité et avec une véritable grandeur.

Où va notre système de santé?

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