Relations novembre 2000

Le modèle américain

John Bacher

La flambée des prix du pétrole

l’auteur, politicologue,vient de publier Petrotyranny, aux éditions Dundurn Group, à Toronto

Il est maintenant temps pour le Canada de jeter un regard sur les perspectives ouvertes par le choc pétrolier

Depuis trois décennies, les cycles de l’économie ont été largement tributaires des oscillations des prix du pétrole. Ces fluctuations tarifaires peuvent modifier considérablement le destin des gouvernements du monde entier. Mais il n’est pas facile d’en mesurer les effets, car elles apportent autant d’avantages que d’inconvénients.

En nourrissant l’inflation et la hausse des taux d’intérêt, l’augmentation des prix du pétrole risque d’entraîner un retour massif du chômage. Elle me­nace aussi les régions non cultivées du Ca­nada, car la recherche d’alternatives passe par la mise en branle de projets nocifs pour l’environnement, comme l’exploration intensive des sables bitumineux de l’Alberta. Les hausses de prix rendent également plus attrayant le dévelop­pement, avec d’énormes subventions gouver­nementales, de projets pétroliers jusque-là jugés non rentables.

Les prix élevés du pétrole vont provoquer d’importants mouvements de populations en recherche d’emploi au Canada. De nombreux habitants des provinces de l’Atlantique se déplaceront ainsi vers l’Ouest canadien, riche en pétrole, pour trouver un emploi dans des industries pétrolières largement subventionnées. L’Alliance canadienne, qui aime dénoncer les transferts d’argent du gouvernement fédéral vers les provinces de l’Atlantique, garde pourtant le silence sur ce finan­cement gouvernemental dont profite l’industrie pétrolière.

Dans le lointain Canada arctique, on finance actuellement les compagnies d’énergie pour qu’elles cherchent du pé­trole. Les subventions gouvernementales accordées pour l’exploration sont fixées à des taux qui font de ces compagnies pétrolières les plus profiteuses des corporations d’assistés sociaux!

Les hausses des prix du pétrole, tout en rendant plus dispendieux le (polluant) transport en automobile, favorisent ce­pendant un assainissement de l’air. Elles prolongent ainsi la vie de milliers de Canadiens atteints de maladies respiratoires telles que l’asthme. La montée des prix de l’essence, en incitant les automobilistes à bien réfléchir avant d’utiliser leur véhicule pour se rendre au magasin du coin, ne peut qu’aider ces gens. Cette flambée des prix du pétrole stimulera également le développement de sources d’énergie renouvelable, l’énergie solaire et éolienne devenant plus compétitives face aux carburants fossiles polluants.

La nature ambiguë des conséquences de ces hausses rend improbable une in­ter­vention gouvernementale sur les prix du pétrole. Comme le mentionnait Amory Lovins, défenseur de l’environnement, la seule chose que les environnementalistes et les cadres pétroliers aient en commun est leur amour des prix élevés du pétrole.

L’Organisation des Pays Exportateurs de Pétrole (OPEP) est le principal artisan de cette hausse de prix, obtenue grâce à une discipline stricte du cartel. Ce furent des vétérans sociaux-démocrates véné­zuéliens qui inspirèrent la création de l’OPEP. Plusieurs d’entre eux avaient été forcés à l’exil, entre 1949 et 1958, par une dictature militaire qui recherchait les faveurs des compagnies pétrolières étrangères. Le fondateur de l’OPEP, Juan Pablo Perez Alfonso, a plus tard regretté la création de l’organisme, la démocratie restaurée au Venezuela étant selon lui corrompue par l’abondance des richesses pétrolières que son monstre « frankensteinien » avait engendrée.

Même s’il jouit d’un bien plus haut revenu per capita, le Venezuela présente de pires statistiques que le Costa Rica, qui ne possède pourtant pas de pétrole, en termes d’espérance de vie, de mor­talité infantile et d’alphabétisation. Le Vene­zuela, comme d’autres pays d’Amé­rique latine ayant été favorisés par les booms pétroliers (l’Équateur, la Co­lombie, le Pérou et le Guatemala), connaît également une hausse des violations des droits humains. Ce modèle alliant richesse pé­trolière et tyrannie est maintenant ré­pandu dans le monde, particulièrement dans le Golfe persique, la région la plus prolifère en pétrole.

Les chocs produits par les fluctuations des prix du pétrole militent en fa­veur d’une utilisation accrue des sources d’énergie renouvelable. Les investissements requis pour effectuer ce virage sont modestes. Des provinces de l’Est canadien, ou même des villes comme Toronto et Montréal, en faisant preuve de leadership, pourraient même mobiliser les fonds nécessaires, actuellement engloutis dans de monstrueux projets de développement pétrolier. Les sommes requises sont minuscules comparées aux 25 milliards de dollars prévus pour les sables bitumineux de l’Alberta, sans compter celles devant servir à divers projets des pétrolières occidentales, comme l’assaut des terres sacrées des autoch­tones U’wa, en Colombie, l’exploration des forêts tropicales du Cameroun ou l’invasion des terres des autochtones Gwitch, dans l’Antarctique. 

Le modèle américain

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