Relations mai 2008

Le syndicalisme dans la tourmente

Steven Guilbeault

La bourse du carbone est une excellente façon d’amener les entreprises à réduire leurs émissions pour atteindre les objectifs de Kyoto

L’auteur est porte-parole d’Équiterre en matière de changements climatiques

Il y a quelques années, les médias contactaient les groupes environnementaux à la recherche d’opposants à ce qu’il est aujourd’hui convenu d’appeler les « mécanismes de marché » sur la réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES). Ceux-ci, telle la bourse du carbone, visent à utiliser les forces du marché afin de réduire les émissions de GES, de même que d’autres sources de polluants. Quelle ne fut donc pas la surprise des journalistes de se faire répondre, par plusieurs écologistes, que la bourse du carbone est une excellente idée!

La position des écologistes n’a pas toujours été favorable à ces mécanismes de marché. Je me souviens des négociations ayant conduit au Protocole de Kyoto en 1997. La délégation américaine, menée par Al Gore, bataillait alors ferme pour convaincre le reste du monde d’emprunter cette avenue, arguant qu’il s’agissait-là du meilleur moyen de parvenir à des réductions réelles de gaz à effet de serre. Même si, en définitive, les Américains ne signeront pas le Protocole de Kyoto, ils auront quand même réussi à convaincre le reste de la communauté internationale – et la plupart des écologistes – du bien-fondé des mécanismes de marché. 

Efficacité

L’argument le plus convaincant en leur faveur – et en particulier en faveur de l’établissement de bourses du carbone – c’est qu’ils ont fait la preuve de leur efficacité par le passé. Ainsi, le marché du dioxyde de soufre (SO2), mis sur pied aux États-Unis il y a plus d’une décennie, a obtenu des résultats tangibles en matière de réduction d’émissions de SO2 et d’oxydes d’azote (NOx), deux polluants responsables des pluies acides. On estime ainsi qu’en 2005, les émissions de SO2 des producteurs d’énergie aux États-Unis étaient inférieures de 35 % à leurs niveaux de 1990.

Une bourse du carbone est un marché – au sens commercial ou, encore mieux, financier du terme – où les entreprises peuvent s’échanger des droits d’émissions. Un tel marché peut fonctionner de manière efficace lorsqu’il existe une réglementation gouvernementale venant imposer un plafond contraignant d’émissions aux grands émetteurs de polluants. Par exemple, une entreprise qui se voit imposer une limite de 100 tonnes de polluants annuellement et qui réussirait à n’en émettre que 90 pourra vendre sur le marché les 10 tonnes ainsi économisées à une autre entreprise qui n’aurait pas réussi à respecter son plafond d’émissions. Les entreprises qui diminuent leurs émissions sont en quelque sorte « récompensées », puisqu’elles réalisent des profits en vendant leurs réductions. À l’opposé, les entreprises les moins performantes sont pénalisées car devant acheter des réductions pour respecter la réglementation. Les crédits ou les permis d’émissions peuvent être attribués de diverses façons, mais le fonctionnement du marché reste sensiblement le même.

Pour le moment, la bourse du carbone mise sur pied en 2005 par l’Union européenne fonctionne avec succès sur ce modèle. Depuis 2003, il existe également, à Chicago, une bourse du carbone de type « volontaire » où s’enregistrent des entreprises américaines désireuses d’y participer. C’est avec cette dernière que la Bourse de Montréal vient de créer le Marché climatique de Montréal, qui désire se spécialiser dans les contrats à terme liés au marché canadien du carbone. 

Développement économique

Si plusieurs journalistes se sont initialement montrés très surpris de notre position franchement favorable à l’utilisation des mécanismes de marché, plusieurs d’entre eux seraient encore plus étonnés de constater notre impatience de moins en moins contenue dans le dossier de l’établissement à Montréal d’une véritable bourse du carbone!

Dans ce dossier, las d’attendre le gouvernement fédéral – qui hésite entre Montréal et Toronto pour l’établissement d’une bourse du carbone – plusieurs écolos souhaitent activement que le gouvernement du Québec, en partenariat avec d’autres provinces ou d’autres États américains, crée lui-même une bourse du carbone en imposant aux grands émetteurs industriels des réductions absolues d’émissions. Ce que se refuse à faire pour l’instant le gouvernement canadien.

Quoi? Les écolos, promoteurs de Montréal comme place financière? Eh oui! Comme quoi les milieux écologistes peuvent également être porteurs de développement économique. Mais pas n’importe lequel.

Le syndicalisme dans la tourmente

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