Relations mars-avril 2017

Violences : Entendre le cri des femmes

Gregory Baum

Jacques Grand’Maison, critique social et témoin de l’Évangile

L’auteur est théologien

Décédé le 6 novembre dernier à l’âge de 84 ans, Jacques Grand’Maison a profondément marqué l’Église et la société québécoises.

Théologien, sociologue, pasteur et intellectuel engagé, Jacques Grand’Maison incarnait l’esprit du concile Vatican II et les valeurs sociales de la Révolution tranquille. Dans ses livres et ses conférences publiques, il s’est toujours adressé à un public plus large que celui des seuls cercles universitaires ou catholiques. Il a toujours voulu être en dialogue avec le monde.
 
Dans les années 1960-1970, Grand’Maison publie de nombreux articles dans la revue Maintenant, fondée par les Dominicains, dans lesquels il présente une évaluation positive de la Révolution tranquille et analyse les profondes transformations en cours au Québec. Il reconnaissait à la fois les effets des institutions sur la conscience des individus et la capacité de ces derniers de critiquer et de réformer ces mêmes institutions. Selon lui, le message de Jésus appelle les chrétiens, poussés qu’ils sont par leur étroite solidarité avec les marginalisés et les plus démunis, à promouvoir les droits humains et la justice sociale dans la société et dans l’Église.
 
Puisque chaque société a une culture et des problèmes sociaux qui lui sont propres, l’Évangile doit pouvoir être annoncé et vécu de façon contextuelle de manière à être pertinent pour la société à laquelle il s’adresse. C’est le leitmotiv qui semble avoir guidé Jacques Grand’Maison dans toute son œuvre. Il en a tiré des conclusions pour l’Église : faisant écho, entre autres, aux recommandations du rapport Dumont (1971), il affirmera que le catholicisme n’est crédible dans le Québec de la Révolution tranquille que s’il institue des lieux de dialogue entre les laïques et l’Église institutionnelle et s’il favorise la liberté de conscience, en reconnaissant ainsi le droit à la dissidence au sein de l’Église. À cet égard, il critiquera sévèrement les institutions ecclésiastiques québécoises pour ne pas avoir réalisé les promesses tant attendues du concile Vatican II, devenant ainsi un contre-témoignage de l’Évangile.
 
Dès la fondation du Parti québécois, Jacques Grand’Maison en appuiera le programme, liant étroitement la question sociale et les enjeux de la laïcité et de l’indépendance dans un esprit démocratique et de respect des croyances et des droits des minorités. Lors du référendum de 1980, le théologien, qui appuyait ce choix politique au nom de l’Évangile, n’hésitera pas à critiquer la décision des évêques de rester neutres plutôt que d’appuyer le camp du Oui.
 
Quelques années plus tard, Grand’Maison critiquera ce que la société québécoise est devenue. Il dénoncera la bureaucratisation de la société qui transforme les citoyens en clients et en consommateurs, de même que les nouvelles élites, « les promus de la Révolution tranquille », qui oublient la situation difficile des travailleurs et des pauvres. Comme bien d’autres penseurs laïques de gauche, il dénonce aussi l’influence culturelle du capitalisme néolibéral, en particulier la promotion de l’individualisme et la disparition de la solidarité sociale. Comme croyant et homme de prière, il regrette le vide spirituel dans lequel vivent une grande partie des Québécoises et des Québécois ainsi que leur éloignement de la tradition éthique catholique, qui priorise l’altruisme et le service de l’autre. Grand’Maison est profondément convaincu que l’Évangile peut inspirer, vivifier et rendre plus créatrice la société québécoise. Sans prôner un retour à la piété du passé, il recommande plutôt une nouvelle lecture de l’Évangile susceptible de nous tourner résolument vers l’amour du prochain et la solidarité sociale qui n’exclut personne.
 
L’œuvre de Jacques Grand’Maison restera pour les générations à venir un monument en hommage au Québec. En elle, on peut puiser à l’utopie qui a animé la Révolution tranquille, capable d’ouvrir des horizons nouveaux à une société en mal d’avenir.

Violences : Entendre le cri des femmes



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