Relations novembre-décembre 2018

Les rites au cœur du lien social

André Beauchamp

InterReconnaissance. La mémoire des droits dans le milieu communautaire au Québec – Francine Saillant et Ève Lamoureux (dir.)

La Déclaration universelle des droits de l’homme date de 1948. La Charte québécoise des droits et libertés date de 1975 et celle du Canada, de 1982. Théoriquement, les citoyens et citoyennes sont égaux et jouissent des mêmes droits. En pratique toutefois, certaines catégories de personnes sont oubliées, marginalisées, exploitées, méprisées. C’est à elles que se consacrent Francine Saillant et Ève Lamoureux dans ce livre sur la mémoire de la conquête des droits de ces personnes au Québec. Les auteures ont retenu six champs d’exploration : le mouvement des femmes, les personnes LGBT (lesbiennes, gaies, bisexuelles, transsexuelles), les droits en santé mentale, l’émancipation dans le champ des handicaps, l’immigration, l’art et l’action culturelle. Le travail de recherche s’est réparti sur cinq ans et a groupé une vingtaine de chercheurs, d’étudiants et d’assistants de recherche. Chaque équipe (une pour chaque champ d’exploration) a élaboré son document de départ, puis l’a soumis à un séminaire élargi formé de personnes expertes ou issues du milieu concerné pour valider et compléter les recherches. La méthodologie est bien exposée en annexe.

Amorcé dans un contexte où le gouvernement Harper cherchait à démanteler les mouvements sociaux, « l’objectif précis du projet a été au final de cerner les repères de l’apport du mouvement communautaire à la société québécoise depuis 50 ans dans les secteurs de son intervention qui touchent des groupes minorisés. La logique qui a présidé au choix des secteurs était de retenir les groupes qui pouvaient se rapprocher assez directement de ceux qui sont associés aux nouveaux mouvements sociaux » (p.12).

Chaque rapport-synthèse fait donc le point sur son champ d’intervention, évoque les luttes et les tensions qui ont ponctué une histoire complexe et plurielle, la sortie de l’ombre d’un groupe, les efforts de reconnaissance des autres acteurs et causes du milieu communautaire. Le style très académique de certains rédacteurs est parfois très difficile à lire, alors qu’à l’inverse, les citations de personnes consultées sont parfois trop vagues et trop générales.

Il convient de signaler la section « Raisons d’agir » (p. 79-96) et « S’inventer » (p. 265-282) qui contiennent des photos et des témoignages visuels très précieux. Le document contient aussi une quinzaine de courts textes qui précisent des concepts et offrent en deux ou trois pages un aperçu des enjeux (minorité, discrimination, corps, solidarité, etc.). J’ai particulièrement aimé le texte de Lourdes Rodriguez del Barrio, intitulé : « Alternatives. Ouvertures des horizons et des possibles ».

Au final, un véritable legs témoignant de l’histoire des mouvements sociaux au Québec. Chaque dossier constitue en soi un rapport complet qui mérite d’être étudié pour lui-même et qui peut nourrir la mémoire collective du groupe concerné. Cela donne un livre imposant qui aurait pu avoir 1000 pages si les caractères avaient été moins petits ! Incidemment, il convient de féliciter particulièrement Danielle Motard pour la conception graphique et la mise en pages, qui donnent beaucoup de rythme à un ouvrage qui, autrement, aurait risqué d’être un peu austère.

Fait à noter, une exposition s’appuyant sur cette recherche a lieu à l’Écomusée du fier monde, à Montréal, jusqu’au 3 février 2019.

 

InterReconnaissance. La mémoire des droits dans le milieu communautaire au Québec
Francine Saillant et Ève Lamoureux (dir.)

Québec, Presses de l’Université Laval, 2018, 336 p.

Les rites au cœur du lien social

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