Relations août 2008

Fragilités

Louise Dionne

Désolé, plus d’essence

L’auteure est responsable du secteur Vivre ensemble au Centre justice et foi

Octobre 1973, après la guerre du Kippour, durant laquelle les troupes égyptiennes et syriennes lancent une offensive pour reconquérir les territoires occupés par Israël depuis 1967, 11 pays arabes producteurs de pétrole interrompent leurs livraisons aux pays alliés d’Israël. Il s’ensuit une crise pétrolière sans précédent, créant un état de panique dans l’ensemble des pays industrialisés. Le prix du baril de pétrole passe de 2,59 $ en octobre 1973, à 11,65 $ en janvier 1974 (ce qui équivaudrait à 101 $ en 2008). Cette crise marque la fin des Trente glorieuses, soit la longue période de croissance économique qu’ont connu les pays occidentaux après la Deuxième Guerre mondiale.

L’exposition 1973 : Désolé, plus d’essence, qui se déroulait l’hiver dernier au Centre canadien d’architecture (CCA), était une occasion d’examiner les enjeux écologiques actuels à la lumière des réactions à la crise pétrolière des années 1970. Bien entendu, les solutions en matière d’architecture et d’urbanisme y étaient centrales, mais les réponses sociales, politiques et économiques à cette crise énergétique y occupaient une bonne place. L’exposition est terminée, mais le catalogue en offre un fidèle compte-rendu (voir : <www.desoleplusdessence.org>).

D’un point de vue politique, dès novembre 1973, la crise contraignait de nombreux dirigeants à prendre des mesures d’austérité. Même le président républicain Richard Nixon appelait à la mise en place d’un contrôle des prix, de programmes d’économie d’énergie et de soutien à la recherche. Cela n’a pas duré; l’arrivée au pouvoir de Ronald Reagan et la stabilisation des prix y ont mis fin. Le CCA exposait un des capteurs solaires installés sur le toit de la Maison-Blanche par le président Jimmy Carter, que son successeur, Ronald Reagan, s’est empressé de démanteler.

Les réactions des Étasuniens, plus grands consommateurs de pétrole au monde, occupaient une grande place dans cette exposition. Leur dépendance envers le pétrole étranger était et demeure importante puisqu’ils ne disposent que de 3 % des réserves mondiales connues. L’état de panique de l’époque ne semble pas les avoir affectés suffisamment pour leur faire changer d’attitude. Aujourd’hui, les Étasuniens consomment quotidiennement près de 21 millions de barils de pétrole. Depuis 1970, leurs importations pétrolières sont passées de 10 % à 65 % à la fin de l’année 2004. Les conséquences politiques et environnementales de cette dépendance et ses effets néfastes pour les populations des pays producteurs de pétrole sont du reste notoires.

Pourtant, au cours des années 1970, la mise en vigueur de mesures sociales et économiques comme les programmes d’économie d’énergie ou le soutien à la recherche était une voie bien plus bénéfique pour tout le monde. Des groupes ont proposé de nouvelles technologies, en matière d’autosuffisance énergétique notamment, et des modes de vie alternatifs. Ils ont développé des projets d’aménagement de bâtiments et de communautés en milieu urbain. Ils ont proposé des systèmes d’habitation intégrés prenant en compte plusieurs aspects tels que la production alimentaire, la gestion des déchets, le transport, etc.

La plupart de ces projets sont demeurés à l’état expérimental, à l’exception de ceux liés à l’énergie éolienne – l’énergie solaire demeurant trop chère, bien que celle-ci ait été étudiée dès le début du XXe siècle. Ces architectes, ces ingénieurs, ces chercheurs et ces écologistes ont toutefois ouvert la voie à de nouvelles façons d’appréhender notre environnement.

Malheureusement, 35 ans plus tard, il est clair que la volonté politique n’est pas au rendez-vous. Les projets à caractère écologique ont peine à être soutenus par les gouvernements ou les municipalités. Ces visions alternatives sont trop souvent perçues comme des gadgets d’écologistes. Cela rejoint le peu d’intérêt des gouvernements à répondre aux conclusions, de plus en plus alarmistes, des groupes environnementaux (voir les récents rapports du GIEC). Il en va de même du refus des États-Unis d’adopter le Protocole de Kyoto ou du manque de volonté du Canada de correctement le mettre en œuvre. Pourtant, l’urgence d’agir est plus criante que jamais, car au prix élevé du pétrole – rappelons qu’en mai dernier le prix du baril de pétrole atteignait 132 $US –, s’ajoute la pénurie de la ressource et les catastrophes environnementales appréhendées.

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