Relations décembre 2008

La torture : de l'interdit à  la banalisation

Diane Lamoureux

Des lendemains qui déchantent

L’auteure est professeure au Département de science politique de l’Université Laval

Avec la réélection du Parti conservateur de Harper, « la loi et l’ordre » vont demeurer les priorités du gouvernement canadien.

On peut pousser un soupir de soulagement à la vue des résultats des dernières élections fédérales, mais il risque d’être de courte durée. Certes, les conservateurs n’ont pas obtenu la majorité absolue des sièges, mais leur nombre de députés a quand même progressé de façon significative. Plus encore, l’effondrement électoral du Parti libéral et la crise financière qui secoue ce parti laissent entrevoir, pour les conservateurs, une capacité de se maintenir au gouvernement, du moins à moyen terme. Donc, pas de quoi pavoiser.

Au Québec, là encore, il n’y a pas tellement lieu de se réjouir. Le Bloc québécois reste le parti majoritaire, mais son pourcentage de votes a diminué. Le Nouveau parti démocratique (NPD) conserve son seul siège québécois. Les libéraux restent confinés à Montréal. La poussée conservatrice annoncée n’a pas eu lieu, mais un seul de leurs députés, Luc Harvey, proche de la droite catholique fondamentaliste, a subi la défaite dans la région de Québec.

La stagnation des conservateurs au Québec peut s’expliquer principalement par deux éléments : certains thèmes de leur campagne et la mobilisation sociale contre eux. Il est assez clair que les coupures dans le domaine de la culture et surtout la perspective de durcir la loi sur les jeunes contrevenants ont nui aux conservateurs. Même Jean Charest a pu se faire le chantre des intérêts et de la spécificité du Québec dans cette campagne. Le fait que les conservateurs n’aient pas vraiment une machine électorale au Québec – un anglophone y était même responsable de la campagne – n’a certainement pas aidé leur cause.

La mobilisation contre les conservateurs a aussi joué son rôle. Mobilisation des milieux artistiques et culturels contre les coupures de programmes et la menace du retour à la censure. Mobilisation des groupes de femmes pour empêcher la recriminalisation de l’avortement au Canada. Mobilisation unitaire, enfin, des milieux syndicaux, communautaires, féministes, anti-guerre, écologistes et artistiques pour faire en sorte d’élire le moins de conservateurs possibles.

Il n’en reste pas moins que nous sommes de nouveau aux prises avec un gouvernement conservateur au pouvoir – et qui sort renforcé par ce scrutin. Avec plus de députés et une centralisation organisationnelle qui donne tous les pouvoirs au chef, il y a fort à parier que l’arrogance des conservateurs se maintiendra et qu’ils iront de l’avant avec leur programme de « la loi et l’ordre », militariste et polluant. Les droits fondamentaux, surtout les droits économiques et sociaux, les droits des femmes et ceux des Autochtones risquent d’être mis en péril. Le rôle central de ministres ontariens, anciens ministres du gouvernement Harris, ne laisse guère espérer de politique économique qui fasse place à la justice sociale ou au développement durable.

Le Parti libéral est le grand perdant de cette élection. Il conserve une prééminence dans les Maritimes. Sa présence au Québec se résume à Montréal (12 députés sur 13), à Toronto (32 sur 38) et à Vancouver (4 sur 5). Avec en prime un chef qui s’accroche à son siège déjà éjecté – ce qui annonce une longue période de guerre interne larvée – et un tournant vert qui s’est avéré un boulet plutôt qu’un atout électoral, le parti devra revoir son positionnement sur nombre de dossiers s’il veut revenir au pouvoir.

La poussée du NPD, quant à elle, n’a pas été assez forte pour qu’il puisse prétendre au rôle de deuxième grand parti à l’échelle pancanadienne et au remplacement du Parti libéral comme principale force d’opposition, même si c’est un peu le cas dans les provinces de l’Ouest et dans le nord de l’Ontario. Un tel positionnement impliquerait également une transformation de ses positions face au Québec et une compréhension beaucoup plus asymétrique du fédéralisme, qui lui permettrait également de contourner l’obstacle que représente pour lui l’existence du Bloc au Québec.

Quant au Parti vert, il n’a pas réussi à faire élire un seul député à la Chambre des communes, malgré un appui de 6,8 % de l’électorat. Cela, de même que le taux d’abstention très élevé (il a dépassé la barre des 40 %), pose avec acuité l’urgence d’une réforme du mode de scrutin qui fasse une place à des éléments de proportionnelle qui rendent compte d’un paysage politique pluriel. Car seule une telle réforme est en mesure de restaurer une certaine confiance dans les institutions politiques.

La torture : de l'interdit à  la banalisation

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