Relations mai 2012

Notre démocratie : fiction ou réalité?

François Drouin

Des compteurs controversés

L’auteur est coordonnateur des actions de la Coalition québécoise de lutte contre la pollution électromagnétique

Les compteurs à radiofréquences d’Hydro-Québec ne seraient pas sans conséquences sur la santé de la population.

Récemment, Hydro-Québec a décidé de moderniser ses installations en créant un projet de lecture à distance des compteurs qui prévoit le remplacement de tous les types d’appareils existants par des nouveaux modèles dits « intelligents ». Ces compteurs communiquent entre eux, par radiofréquences, les données de consommation d’électricité des foyers de sorte que les releveurs ne sont plus nécessaires pour établir la somme à facturer aux clients. Pour que le réseau puisse fonctionner, des routeurs et des collecteurs sans fil doivent aussi être installés, créant ainsi une toile de radiofréquences supplémentaires qui ne serait pas sans conséquences pour la santé de la population à court et à long terme.

Pour les citoyens qui souffrent d’électrosensibilité, le projet d’Hydro-Québec est bien entendu inacceptable. Ces personnes présentent des symptômes tels que des maux de tête, des nausées, des palpitations cardiaques ou de l’insomnie lorsqu’elles sont exposées aux champs électromagnétiques. Leur condition de santé n’est malheureusement pas reconnue par le Collège des médecins du Québec, qui est en retard par rapport à ses vis-à-vis européens, notamment la Suède, où l’électrosensibilité est reconnue comme un handicap. Ceux et celles qui en souffrent reçoivent même une aide financière de l’État suédois pour les aider à vivre une vie normale et à s’adapter à un environnement de plus en plus surchargé d’ondes de toutes sortes.

Les radiofréquences, en plus d’effets à court terme indésirables,  peuvent aussi provoquer une kyrielle de problèmes de santé à long terme. L’Organisation mondiale de la santé déclarait, en mai 2011, qu’elles étaient possiblement cancérigènes, reflétant ainsi les inquiétudes grandissantes de la communauté scientifique internationale. Durant la même période, l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe demandait à ses pays membres de faire tout en leur pouvoir pour décourager l’utilisation des technologies sans fil par les enfants et les adolescents, notamment dans les écoles. Devant ces appels à la prudence qui sont appuyés par plusieurs scientifiques spécialistes des champs électromagnétiques, il paraît évident que le principe de précaution devrait s’appliquer lorsque de nouvelles technologies sans fil sont mises en marché.

Cette vision modérée et sage a inspiré la création, l’automne dernier, d’un groupe de citoyens opposés au projet de lecture à distance d’Hydro-Québec. La Coalition québécoise de lutte contre la pollution électromagnétique (CQLPE) vise à faire reculer Hydro-Québec et à sensibiliser la population et les décideurs aux multiples formes d’électro-smog.

Non seulement le déploiement massif des compteurs « intelligents » sur tout le territoire québécois menace-t-il la qualité de vie des personnes électrosensibles et la population en général, mais il est aussi une grave atteinte à la liberté de choix. En effet, les personnes électrosensibles, ou celles qui ne veulent pas le devenir, peuvent toujours choisir de ne pas avoir de cellulaire, de four à micro-ondes ou de routeur sans fil. Elles contrôlent ainsi leur environnement immédiat, ce sur quoi elles ont une emprise, au contraire par exemple des antennes-relais dont il est impossible de refuser l’installation dans nos collectivités.

Hydro-Québec ayant été créée à l’époque du célèbre « Maîtres chez nous », il est assez ironique de constater que la société d’État tente aujourd’hui de retirer à une grande partie de la population québécoise sa capacité de décider ce qui entre ou non dans nos demeures. Outre les risques pour la santé, il y a donc un enjeu hautement symbolique de démocratie et de respect des droits fondamentaux.

Hydro-Québec est, durant les mois de mars et avril, devant la Régie de l’énergie du Québec pour défendre son projet. S’il s’avérait qu’il soit accepté, la pollution électromagnétique des compteurs « intelligents », des routeurs et des collecteurs viendrait s’ajouter à l’électro-smog ambiant qui est en constante augmentation depuis une dizaine d’années. La CQLPE invite donc les citoyens à contacter le gouvernement du Québec, la Régie de l’énergie et Hydro-Québec pour leur faire part de leur mécontentement et de leurs préoccupations à ce sujet.

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