Relations février 2005

Autochtones : blanc de mémoire

Robert Jasmin

Des citoyens informés et organisés

L’auteur est président du groupe altermondialiste ATTAC-Québec

C’est pour défendre le bien commun que les brigades d’intervention citoyenne (BIC) viennent de voir le jour

Depuis qu’il sévit, le néolibéralisme n’a eu de cesse de procéder à des attaques frontales contre tous les droits humains. Cet envahissement a eu pour effet de fragiliser et de mettre en péril l’existence même des structures de maintien et de défense du bien commun que des générations de femmes et d’hommes avaient réussi à édifier. Les champs d’appétit des néolibéraux ne connaissent plus de limites : la marchandisation du monde vise maintenant les services et des secteurs comme la santé, l’éducation et la culture sont en danger de tomber sous la loi d’airain du marché.

Pour arriver à leurs fins, les nouveaux maîtres du monde ne lésinent pas sur le conditionnement des esprits. Ils veulent faire des citoyens des consommateurs consentants. Ainsi, assiste-t-on à une dépolitisation systématique de la population par l’imposition d’une culture du divertissement qui évacue la réflexion, l’analyse, la critique et donc le débat. Ce règne de la pensée unique axée sur la domination de l’économisme remet tout simplement en question la démocratie elle-même.

Il n’est pas besoin de pousser plus loin une description et un constat maintes fois repris par tous ceux et celles qui ont à creuser l’avènement d’une société plus solidaire et réfractaire à la violence d’un système fondé sur la loi du plus fort et du chacun pour soi. Mais il est temps de se questionner sur les moyens et sur les lieux de résistance. Traditionnellement, celle-ci venait des syndicats, des groupes populaires et de certaines formations politiques. Et on doit à la vérité de dire que ces entités constituent toujours des lieux privilégiés de résistance. Mais qu’en est-il d’une large partie de la population qui n’est pas organisée, ni professionnellement, ni socialement, ni politiquement? De cette partie la plus vulnérable à la propagande commerciale et idéologique régnante? Celle qui, somme toute, est maintenue dans un état d’analphabétisme politique permanent?

Des représentants de plusieurs groupes syndicaux et populaires ont conclu que l’élargissement de la zone de résistance était devenu nécessaire. Si l’attaque contre le bien commun ne connaît pas de frontières ni de limites, la défense de celui-ci ne doit pas en avoir non plus. Les groupes organisés ont acquis des connaissances qui forgent les consciences et permettent de résister. Or, toute connaissance constitue une richesse et dans une société solidaire, toute richesse doit être partagée. C’est à partir de cet énoncé qu’est née l’idée de constituer des brigades d’intervention citoyenne.

Lancée par les représentants d’une vingtaine d’associations citoyennes, syndicales, étudiantes et altermondialistes regroupées au sein de la coalition CAP-Monde, l’idée est devenue réalité en juin dernier… au Bic, près de Rimouski. Appuyée par des personnalités telles que Ricardo Petrella, Françoise David et Dorval Brunelle, entre autres, la formation d’une première brigade de cent personnes, de tous âges et de toutes les régions du Québec, a eu lieu lors du dévoilement de la trousse citoyenne d’information et de formation. Au dire d’une participante, « il était temps que les citoyens disposent d’une arme de persuasion massive pour contrer l’œuvre de désinformation massive des voleurs de bien commun ».

La trousse est constituée d’une petite boîte de carton facilement logeable sur un rayon de bibliothèque. La boîte contient un mode d’emploi, le texte de la Déclaration universelle des droits de l’Homme de 1948, une cassette vidéo de 30 minutes sur la mainmise libérale sur l’État, ainsi que 14 fascicules d’une dizaine de pages chacun. Ces fascicules expliquent en quoi le néolibéralisme affecte chaque aspect de la vie en société (santé, éducation, environnement, travail, culture, agriculture, droits humains, sauvegarde du bien commun, etc.). Ils ont été écrits par des personnes différentes, toutes directement impliquées dans le secteur en question. Testés auprès de citoyens et de citoyennes, ils ont fait l’objet de révision et de réécriture pour devenir plus accessibles à tous.

Depuis le lancement de l’opération, des milliers de trousses ont été acheminées aux personnes qui en font la demande. Il va sans dire que dans un premier temps, cette distribution est surtout assurée par des groupes déjà organisés, bien que l’on cherche à sortir des réseaux pour rejoindre les personnes ne faisant partie d’aucun groupe. Ainsi, sans contrôle, sans ligne de parti à suivre, de petits groupes de citoyens choisissent de former leur brigade, de se réunir à leur façon, de se servir des documents mis à leur disposition, de les lire ensemble, de les critiquer, de les compléter selon leur volonté, et de les utiliser pour intervenir auprès des élus ou sur la place publique en général. En somme, de spectateurs-consommateurs, des hommes et des femmes décident de passer au statut de citoyens, informés et acteurs. La démocratie réelle ne peut exister qu’à cette condition.

 

Autochtones : blanc de mémoire

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