Relations juin 2007

Où va notre système de santé?

Jean-Claude St-Onge

Couper la facture des médicaments

La politique des médicaments de la Nouvelle-Zélande réalise ce que d’aucuns qualifieraient de miracle en matière de prix. Le système néo-zélandais, qui offre des médicaments à des taux qui sont de 50 à 90 % inférieurs à ce que nous payons, fonctionne par appels d’offres et élimine le marketing excessif des sociétés pharmaceutiques grâce à une institution publique, Pharmac, fondée en 1993. Ce sont des scientifiques indépendants et des groupes de patients qui déterminent la politique de Pharmac.

[…] En Nouvelle-Zélande, la croissance annuelle du prix des médicaments est restée inférieure à 3 %, bien que le volume de la consommation ait augmenté substantiellement. Par comparaison, l’augmentation de la valeur des ordonnances au Canada s’est maintenue pendant plusieurs années dans les deux chiffres.

[…] Au Québec [par exemple], en 2006, la Régie de l’assurance maladie rembourse 12,12 $ canadiens les 30 comprimés de 150 mg de ranitidine (nom générique du Zantac). […] En Nouvelle-Zélande la boîte de 30 comprimés de ranitidine se vend à un prix inférieur à 2 $ canadiens. […] En 2003, les dépenses en médicaments se sont élevées à 212 millions de dollars néo-zélandais, alors qu’avec le système d’avant 1993, ces dépenses auraient atteint la barre des 1,13 milliards de dollars néo-zélandais.

[…] Pharmac choisit ce qu’elle considère être le meilleur médicament qui constitue le produit de référence. Elle sélectionne un certain nombre d’alternatives qui sont remboursées au prix du produit de référence le meilleur marché, à moins que le médecin puisse le justifier pour des raisons médicales […]. C’est ainsi qu’on retrouve deux réducteurs de cholestérol, plutôt que cinq en Belgique et six au Québec. […] Et il en est ainsi pour les anti-hypertenseurs, les anti-inflammatoires, etc. De sorte que la liste des médicaments de Pharmac comporte 2600 produits contre 5000 au Québec.

[…] Les critères pour choisir un médicament sont, par ordre d’importance : l’efficacité et la sécurité scientifiquement prouvées, le besoin clinique, l’évaluation par rapport aux thérapies alternatives, la définition des priorités, le rapport coût-efficacité et le budget global. En plus de gérer la liste des médicaments, Pharmac organise des campagnes d’information destinées aux médecins et aux patients.

[…] Au début, Pharmac mit les fabricants de produits identiques ou similaires en concurrence les uns avec les autres et établit une liste des meilleurs médicaments à partir de critères scientifiques : c’est la liste de référence. Par la suite, des accords nommés « cross deals » furent conclus avec le fabricant. En vertu de ces accords, un produit innovateur, efficace et sécuritaire trouvait sa place sur la liste des médicaments à condition que l’entreprise qui le commercialisait fasse baisser le prix de ses autres produits. C’est ainsi qu’en 1998, un nouveau réducteur de cholestérol, le Lipitor, s’est retrouvé sur la liste des médicaments, à condition que le fabricant réduise de 90 % le prix d’un anti-hypertenseur. Parallèlement, on introduisit le système des dépenses maximales. Un contrat est conclu avec un fabricant en vue de la vente et du remboursement d’une certaine quantité de médicaments en fonction d’une analyse des besoins. Si les dépenses dépassent ce maximum, la firme rembourse la différence à Pharmac. De la sorte, un fabricant sait qu’il n’y a aucun sens à organiser de vastes campagnes de marketing pour encourager la consommation d’un produit. […]

Extraits de : J.-C. St-Onge, Les dérives de l’industrie de la santé – Petit abécédaire, Montréal, Écosociété, 2006, p. 122-125.

Où va notre système de santé?

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