Relations août 2012

La mémoire vivante

Louis Marion

Colloque international sur la décroissance

L’auteur est membre du Mouvement québécois pour une décroissance conviviale

L’événement a été l’occasion de débattre des différentes visions de la décroissance.

Après Paris et Barcelone, le troisième colloque international sur la décroissance a eu lieu à Montréal, du 13 au 19 mai dernier, avec la complicité de cinq institutions académiques (Université McGill, Université du Québec à Montréal, Hautes études commerciales, Université de Montréal, Université Concordia). Faire l’éloge du frugal, du lent, du modeste et du « faire soi-même » dans ces environnements luxueux et de haute technologie n’est pas dénué de contradictions. Malgré tout, cette rencontre intitulée « Décroissance dans les Amériques » a réussi à prêcher par l’exemple en refusant de réduire les échanges entre des chercheurs du monde entier à leur seule dimension discursive. En effet, les conférenciers ont participé à la préparation d’un repas végétarien et certains à une manifestation contre le Plan Nord du gouvernement libéral, par exemple.
 
Le Mouvement québécois pour une décroissance conviviale (MQDC), qui a déjà organisé deux colloques plus modestes sur ce sujet, a représenté l’Amérique francophone à cet événement. Il a d’ailleurs été assez surprenant de constater que les divisions internes du MQDC sur certains sujets n’étaient pas si grandes comparativement à celles observées pendant le colloque entre anglophones et francophones, notamment. La réflexion sur la décroissance de plusieurs chercheurs anglosaxons engagés dans la lutte pour la soutenabilité écologique se concentre assez souvent sur les conditions politiques et culturelles permettant de moins produire et de moins consommer afin de respecter davantage les écosystèmes. Ils se caractérisent ainsi par leur approche plutôt pragmatique de « développement durable ». Les Québécois sont quant à eux davantage influencés par les intellectuels français, plus conscients des enjeux liés aux différentes limites de la croissance et du développement et moins portés à voir des solutions du côté d’un « développement vert » ou d’une « gouvernance écologique », par exemple.
 
Malheureusement, ceux qui défendaient la décroissance dans une perspective de « développement durable » n’ont pu assister, pour des raisons linguistiques, à la conférence donnée en français par Alain Gras, qui a judicieusement expliqué la fragilité de notre civilisation thermo-industrielle branchée sur la machine et les énergies fossiles. Son objectif était de miner la croyance en une technologie verte permettant de maintenir notre mode de vie tel quel. Il a montré que les scénarios d’installation de miroirs dans l’espace ou de panneaux solaires dans le désert du Sahara pour alimenter l’Europe en énergie ne tiennent pas la route. Selon lui, après le pic du pétrole, nous assistons au pic de plusieurs métaux rares qui sont nécessaires au développement des technologies vertes. Or, décoloniser notre imaginaire, c’est aussi comprendre le cul-de-sac du progressisme technologique.
 
Grâce à Andréa Lévy, qui a abordé le sujet de la réduction du temps de travail dans la perspective d’André Gorz, et à quelques autres comme Bob Thomson et Nicolas Kosoy, un pont a tout de même pu être construit entre les deux solitudes, anglophone et francophone.
 
Un des moments forts du colloque a été la conférence de Joan Martinez-Alier sur l’alliance nécessaire entre le mouvement pour la décroissance au Nord et le mouvement pour la justice climatique au Sud. Il a montré qu’il est possible de corriger les destructions environnementales sans être obligé de marchandiser la nature.
 
Un autre moment important fut l’improvisation d’Éric Martin, invité-surprise qui a présenté le lien entre la décroissance, le « printemps érable » et la grève étudiante. Ce fut une réussite sur le plan de la vulgarisation des thèses complexes de Michel Freitag concernant la corruption de l’université québécoise dans le monde marchand actuel.
 
François Schneider a quant à lui très bien synthétisé les différents concepts nécessaires pour appréhender les limites de la décroissance. Il a entre autres souligné que pour réduire l’exploitation, il faut affaiblir la capacité d’exploiter. Il aurait vraiment été profitable que tous les participants soient présents à cette conférence afin de construire une base commune, avant que tous retournent dans leur pays.
 

La mémoire vivante



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