Relations mai-juin 2016

La puissance de la création

André Beauchamp

Cette obscure clarté – Colette Nys-Mazure

Vieillir est une chance. Bien vieillir n’est pas si simple. Chacun invente sa vieillesse comme il peut. Peut-être existe-t-il un art de vivre, voire de bien vivre, mais le bon usage de la vieillesse est difficile. On comprend le cri de rage de Jacques Brel : « Mourir cela n’est rien, mourir la belle affaire, mais vieillir, ô vieillir ».
 
C’est à ce défi que s’attaque Colette Nys-Mazure dans Cette obscure clarté – la formule est de Pierre Corneille, en forme d’oxymore, évoquant la poésie et la mystique par le jeu des mots poussés à la limite du sens. L’auteure de 76 ans est écrivaine, poète et essayiste. Épouse, mère, grand-mère, croyante, mystique même. On apprend qu’elle a écrit ce livre en accompagnant une amie à la mort et en étant elle-même en convalescence.
 
Ce livre porte sur le quatrième âge. Le troisième âge, nous le savons maintenant, c’est le temps de la retraite, des loisirs, de la grand-parentalité et, pour certains et certaines, le temps de l’âge d’or et de la danse en ligne… Les anciens fixaient à 60 ans la vieillesse : senes en latin, qui nous a laissé « sénilité », entre autres. Le quatrième âge, c’est l’âge d’après, celui de l’expérience des grandes limitations. Colette Nys-Mazure l’approche avec délicatesse, par des chapitres courts qui commencent par un poème – évocations, rappels d’odeurs et d’expériences, va-et-vient entre le passé et le présent, entre l’acquiescement et le refus. Les lumières et les ombres du quatrième âge se faufilent entre des titres suggestifs : « De la joie simple », « Au milieu des ombres », « Avec mes petits moyens », « À pas comptés », « D’une croissance spirituelle », « D’une vie inachevée », « En vue de l’autre rive »…
 
Pour donner le goût, je cite un passage lumineux : « Denrée rare que le silence. […] Territoire à apprivoiser de l’enfance à la fin de vie pour découvrir un espace intérieur, sans crainte du vide. Silence, matériau de création et plongeon dans l’inconnu où rencontrer Dieu. Je tente chaque matin de renouveler le vœu de bonté : une attention à l’autre, un accueil a priori, une bienveillance qui supposent une présence à soi, à l’Autre au cœur de soi. Un désir de lumière et de chaleur contagieux » (p. 179).
 
Vraiment un livre à savourer. J’aime cette idée du vœu de bonté à renouveler chaque jour. Joli programme pour le quatrième âge.

Colette Nys-Mazure
Cette obscure clarté
Paris, Salvator, 2015, 188 p.

La puissance de la création



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