Relations décembre 2006

Les veines ouvertes de l'Afrique

Jean-Claude Ravet

Censure et corruption en Chine

Le 23 novembre 2006, la 17e Journée de soutien aux journalistes emprisonnés, organisée par Reporters sans frontières, nous a rappelé que censure et corruption riment violemment en Chine.

Plus de 120 journalistes sont actuellement emprisonnés dans le monde. De ce nombre, une trentaine rien qu’en Chine. Leur crime : divulguer des vérités gênantes. Corruption, mensonge, violence, répression… autant de réalités qui rendent passible de châtiment quiconque les rend publiques. Se rappeler le nom des victimes et le pourquoi de leur arrestation, participer à des campagnes de soutien, faire pression pour leur libération, c’est au moins, déjà, les soustraire de l’oubli. C’est prendre parti contre le silence des geôles et l’arbitraire des pouvoirs. C’est faire sienne la vérité qui rend libre.

Parmi ces journalistes emprisonnés, Gao Qinrong, de l’agence officielle Xinhua, est détenu depuis 1999 dans la prison de Qixian dans la province de Shanxi, au cœur de la Chine. Son crime, avoir publié un article accablant sur la corruption à grande échelle dans la région de Yuncheng : des milliers de réservoirs d’eau sans connections à un point d’eau ni tuyaux d’acheminement vers les champs, emblème absurde d’un « grand projet d’irrigation » de plus de 26 millions $US. Vanté par les autorités locales comme un modèle de lutte contre la sécheresse, il permit plutôt à celles-ci de s’enrichir grâce à un vaste détournement de fonds. Le journaliste qui avait été alerté par des paysans indignés fit son enquête et la rendit publique, avec photos à l’appui. La nouvelle fit scandale. La télévision nationale prit le relais du journaliste, au grand dam des autorités locales qui ne le lui pardonneront pas. Arrêté le 4 décembre 1998 à Pékin, Gao Qinrong allait en payer chèrement le prix. Il est immédiatement transféré dans la capitale de la province de Shanxi où il est jugé pour corruption, détournement de fonds et proxénétisme! Le 28 avril 1999, à la suite d’un procès autant bidon qu’expéditif, tenu à huis clos, où se succèdent de faux témoignages les uns à la suite des autres, il est condamné à 13 ans de prison ferme. Il en est à sa huitième année. Sa libération n’est prévue qu’en 2011. Sa santé mentale et physique ne cesse de se dégrader.

Son épouse, Duan Maoying, fait des pieds et des mains pour faire réviser son procès. Les instances politiques, juridiques et journalistiques chinoises font, jusqu’à maintenant, la sourde oreille. Quelques journalistes chinois ont osé se porter à la défense du journaliste. Certains, pour cela, ont été congédiés.

Peu de temps après sa condamnation, Gao Qinrong avait adressé une lettre à la direction du Parti communiste. On peut y lire : « Le combat contre la corruption est une décision du Comité central du Parti communiste. Étant membre du Parti et journaliste, je pensais qu’il était de mon devoir de rapporter les doléances du peuple. » Mais entre les dires et les faits, il y a un long chemin qui se perd souvent, en régimes despotiques, dans les dédales de l’arbitraire. Gao Qinrong en a fait les frais. La rhétorique de la lutte à la corruption s’y met souvent au service de l’épuration. Elle incommode rarement les amis du système – comme les autorités de Shanxi, pourtant incriminées.

L’espoir de Gao Qinrong d’obtenir justice, de retrouver son épouse et sa fille adolescente, repose sur la solidarité internationale. À ce titre, Relations se joint aux multiples médias de par le monde qui lui ont prêté leurs voix. Nous invitons ainsi nos lecteurs et lectrices à signer une pétition, mise à la disposition du public sur le site de Reporters sans frontières au <www.rpscanada.org> et adressée à l’ambassadeur de Chine à Ottawa, plaidant pour sa libération immédiate. Ce petit geste, qui ne coûte rien, peut cependant être la goutte qui lézarde la digue du silence, l’atroce silence imposé à la vérité comme à Gao Qinrong. Ne le lui refusons pas.

Les veines ouvertes de l'Afrique

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