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La santé au-delà de la médecine – Approches alternatives, complémentaires et globales

Yves Laberge

Ce que je voudrais dire à mes enfants – Michel Bastarache et Antoine Trépanier

Michel Bastarache a eu plusieurs carrières et, oserait-on dire, plusieurs vies : universitaire, avocat, juge à la Cour suprême entre 1997 et 2008, puis conseiller pour des gouvernements, mais aussi dans le secteur privé. Au Québec, une Commission d’enquête créée par le gouvernement libéral de Jean Charest a porté son nom en 2010. Ses plus grandes actions publiques ont sans doute été la promotion des langues officielles et du bilinguisme officiel fédéral ; son plus grand combat aura été la défense des droits linguistiques des minorités francophones dans plusieurs provinces canadiennes.

Dans Ce que je voudrais dire à mes enfants, Michel Bastarache raconte sa naissance à Québec, sa jeunesse en Acadie durant les années 1950, ses études chez les Rédemptoristes, ses choix quant à son avenir, mais surtout son combat pour la défense des francophones hors Québec à une époque où, paradoxalement, le bilinguisme pouvait être perçu comme un handicap pour un fonctionnaire – jugé trop talentueux – et poser un problème pour l’élite unilingue anglophone vivant dans une province comme le Nouveau-Brunswick. À maintes reprises, le texte fait mention de son nationalisme acadien, apparu en 1967 en réaction contre l’attitude néocoloniale répandue chez beaucoup de Canadiens-anglais de la région et « le racisme du maire Jones à l’égard des francophones » (p. 18), durant la triste période où Leonard Jones régnait sur la ville de Moncton. Ailleurs, Michel Bastarache confie que son père faisait partie de « La Patente », cette fameuse « organisation secrète qui avait pour but de promouvoir les intérêts des Canadiens-français catholiques » (p. 127).

Cette autobiographie, coécrite avec Antoine Trépanier, permet de se plonger dans la période allant des années 1960 jusqu’à nos jours, selon le point de vue néo-brunswickois. En tant que militant pour les droits des francophones, Michel Bastarache a rencontré René Lévesque, Claude Morin, Camille Laurin, mais aussi Pierre Elliott Trudeau – qui considérait les Acadiens comme étant « gagnés d’avance à sa cause ». Ses souvenirs de ces brèves rencontres et ses impressions sont souvent riches d’enseignement.

Michel Bastarache donne de rares portraits de différents juges : ceux devant lesquels il aura plaidé en tant qu’avocat, et ceux qu’il aura côtoyés. Ses observations « de l’intérieur » sont parfois inattendues : « À la Cour suprême du Canada, il est difficile d’aller présenter de façon logique tout un argument, parce que dès le départ, les juges interrompent les procureurs avec des questions » (p. 122). Contre toute attente, il surenchérit : « C’est un théâtre anarchique, rien de plus » (p. 123). Une question – en filigrane dans l’ensemble de l’ouvrage – reste pourtant sans réponse : pourquoi n’exige-t-on pas le bilinguisme comme condition préalable à la nomination de tous les juges à la Cour suprême ?

Le long parcours de cet humaniste qui se raconte humblement met aussi en valeur les qualités déterminantes des personnes de qui il apprend. Il écrit par exemple à propos d’un de ses mentors, Gérard Finn : « La recette Finn, c’est d’être toujours mieux informé que tout le monde autour de la table et d’être prêt à répondre à toutes les questions » (p. 129). Avec ce livre, l’infatigable Michel Bastarache ne se retire pas encore de la vie publique ; son expertise et son jugement demeurent toujours indispensables et encore aujourd’hui très sollicités.

Ce que je voudrais dire à mes enfants
Michel Bastarache et Antoine Trépanier
Ottawa, Presses de l’Université d’Ottawa, 2019, 285 p. 

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