Relations Été 2023 / L'art dans la cité

L’auteure est doctorante en études et pratiques des arts à l’Université du Québec à Montréal

Un événement artistique qui s’y tiendra du 21 au 27 août vaudra le détour en Gaspésie cet été. Il s’agit de la 4e édition de la Biennale Barachois In Situ – qui revient après une année de pause. Des artistes sont invité·es à séjourner dans ce petit village situé entre Gaspé et Percé, dans un magnifique paysage bleu et sable, pour créer, comme le nom de l’événement l’indique, une œuvre in situ. Le travail de création s’infiltre dans les lieux et les activités quotidiennes du village, selon les besoins que requiert l’œuvre : en bordure de route, dans l’église, dans les commerces, mais le plus souvent en plein air et sur la plage. Puisque la route 132 traverse Barachois en plein cœur, tant les personnes habitant la localité que les visiteurs et visiteuses pourront à tout moment et au gré de leurs déplacements observer les artistes en action.

Faite de rencontres hors des circuits des musées ou des galeries, la démarche in situ à Barachois se distingue d’autres manifestations artistiques par son caractère expérimental et son inscription dans le territoire. Pour cette édition 2023, c’est d’ailleurs le thème « Ce qui nous lie » qui inspirera les huit artistes de la programmation[1] : Khadija Baker, Gilles Bruni, Christian Bujold, Mathieu Fecteau, Nicole Fournier, Denis Lanteigne, Anne-Marie Ouellet et Camille Rajotte. La création sur le site suppose un lien entre l’artiste et l’environnement : dans la lignée du land art, les matières premières comme le bois, le sable, les plantes ou les débris marins sont recyclées en de nouvelles formes dans des œuvres éphémères. La dimension culturelle et historique peut aussi être conviée dans les techniques employées par les artistes. Par exemple, Denis Lanteigne utilise la chaux, à laquelle il ajoute des pigments pour colorer ses sculptures de bois. Il fait ainsi référence à la manière dont les pêcheurs se servaient autrefois de la chaux pour couvrir l’intérieur des entrepôts et prévenir les moisissures. D’autres matériaux insolites peuvent aussi devenir des objets d’art. L’artiste de performance Christian Bujold propose, quant à lui, une œuvre faite d’objets trouvés, un abri qu’il construira peu à peu durant le jour et où il dormira la nuit. L’abri sera brûlé lors d’un grand feu de plage pour clore la Biennale.

Au-delà des performances, sculptures et autres interventions artistiques, c’est le fourmillement des gens de la communauté locale et d’ailleurs autour des artistes qui fait l’événement. Comme le décrit l’historienne de l’art Gabrielle C. Lauzon, l’art in situ « participe à raconter, entretenir et réécrire le territoire », puisque toute la population contribue de maintes façons, directement ou indirectement, à son organisation[2]. Ces expériences collectives sont à la fois artistiques, culturelles et sociales.

Barachois In Situ, tout comme d’autres biennales dont les œuvres se réalisent en direct, favorise la création de « nouvelles parentés, des lignées de connexions inventives », pour faire un parallèle avec la pensée de la philosophe des sciences Donna Haraway. Celle-ci insiste sur l’importance des créations collectives[3] en s’inspirant des systèmes biologiques dont l’organisation fonctionne en sympoïèse, c’est-à-dire en se transformant au contact d’autres organismes vivants. Les artistes qui travaillent in situ génèrent, par la collaboration avec des résident·es, des bénévoles, des visiteurs et visiteuses, des employé·es ainsi que des éléments de la nature, la configuration de nouveaux liens, et parfois la possibilité de rencontres improbables. Cet été, sur la plage de Barachois, comment les éléments seront-ils remaniés entre les mains des artistes ? Quelles formes ces œuvres en devenir prendront-elles ? À nous de le découvrir en y participant.


[1] Pour la programmation complète, consultez le site Web du Centre d’artistes Vaste et Vague : <vasteetvagues.ca>.
[2] G. C. Lauzon, « Barachois In Situ : une rencontre entre l’art et le territoire », Magazine Gaspésie, vol. 57, no 2, 2020, p. 33-35.
[3] D. Haraway, Vivre avec le trouble, Vaulx-en-Velin, Les Éditions des mondes à faire, 2020, p.7.

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