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DOSSIER : Politique municipale: sortir du cul-de-sac

Politique municipale: sortir du cul-de-sac

Relations no 768
novembre 2013

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Bachelet bis

Bachelet bis

Par : Raúl Zarzuri

L’auteur, sociologue, est coordinateur de la recherche au Centro de Estudios Sociales y Opinión Pública de la Universidad Central de Chile

Michelle Bachelet est presque assurée de remporter les élections présidentielles de novembre au Chili. Mais elle n’est pas pour autant au bout de ses peines.

La campagne électorale présidentielle au Chili a quelque chose d’exceptionnel cette année. Pour la première fois depuis la fin de la dictature, neuf candidats sont en lice. Il faut remonter aux élections de 1993, où six candidats s’affrontaient, pour se rapprocher le plus d’une situation semblable. Eduardo Frei en était sorti gagnant.
 
La situation actuelle est également inédite du fait que trois femmes se présentent : Michelle Bachelet, ex-présidente (2006-2010) qui représente les partis de gauche de la coalition Nueva Mayoría; Evelyn Matthei, ex-ministre du Travail sous le gouvernement actuel, candidate de la coalition de droite Alianza; et, enfin, la candidate de gauche, Roxana Miranda, du Parti Égalité. Les six autres candidats représentent les courants suivants : les verts, les régionalistes, le centre et le centre-gauche.
 
Les sondages et les analystes politiques sont unanimes : l’élection de Michelle Bachelet ne laisse pas de doute. Très loin derrière elle, Evelyn Matthei se classe deuxième. La question est seulement de savoir si elle sera élue dès le premier tour ou s’il faudra attendre le deuxième. Si c’était le cas, la répartition des votes des sept candidats restants rendrait l’exercice intéressant, sans signifier pour autant un changement quant à l’issue du vote. Le mieux que peuvent espérer ces candidats est de rogner assez de votes aux candidats du « duopole » politique chilien pour forcer un deuxième tour grâce auquel ils pourront obtenir un certain pouvoir de négociation.
 
Devant un horizon présidentiel bouché pour la droite, l’objectif de celle-ci est de maintenir la composition actuelle du parlement où elle bloque, depuis la fin de la dictature, toute transformation politique significative en imposant son veto. À partir de 2010, avec l’arrivée au pouvoir du premier gouvernement de droite depuis la fin du régime militaire en 1990, le mouvement citoyen, en particulier grâce aux jeunes, a repris de la force. Il a occupé la rue pour exiger notamment une nouvelle Constitution réalisée à travers une assemblée constituante; un système éducatif allant dans le sens de la gratuité; une réforme majeure du système de santé et du régime de retraite, actuellement largement livrés au privé.
 
Durant 20 ans, la droite a réussi à co-gouverner aux côtés de présidents de centre-gauche issus du Parti de la concertation, grâce au veto qu’elle possède au parlement (bicaméral). Aussi, perdre les prochaines élections présidentielles et retourner dans l’opposition n’est pas pour elle de mauvais augure, « la mère de toutes les batailles » étant de maintenir telle quelle la composition actuelle de la chambre haute. Cela lui suffit largement pour bloquer toute réforme démocratique et politique de gauche.
 
La victoire de Michelle Bachelet n’est donc pas la promesse d’un changement majeur, même si le programme qu’elle défend rejoint une bonne partie des aspirations populaires : modification de la Constitution, gratuité de l’éducation, réforme fiscale, etc. Car pour que ce programme soit mené à bien, il faut compter sur un nombre suffisant d’élus capables de faire adopter ces réformes. La présidence ne peut rien sans un parlement qui lui permet de réaliser les transformations promises. Or, dans le cas où la droite réussissait encore à bloquer toute réforme, la nouvelle présidente a tout à craindre du spectre de l’ingouvernabilité. Il est plus que probable, en effet, que le mouvement citoyen chilien, qui s’est réapproprié son pouvoir politique au cours des trois dernières années, n’abandonnera pas la rue pour appeler aux changements démocratiques nécessaires.