Relations Hiver 2021-2022 / Culture
À la découverte d’une masculinité plurielle dans la Bible

UNE BIBLE. DES HOMMES
Denis Fricker et Élisabeth Parmentier (dir.)
Genève, Labor et Fides, 2021, 243 p.
Quel livre ! Vraiment quel livre que celui-là ! Fabuleux, révélateur, surprenant, étonnant, rare, singulier… et en même temps tellement pluriel. C’est là, en effet, sa principale caractéristique, celle qui nous frappe du début à la fin de la lecture : une diversité pleine et entière, une profusion, un foisonnement presque à l’excès.
Profusion d’auteurs et d’autrices au premier chef : on a voulu faire ici œuvre collective et, il faut le dire, on est servi. La liste des collaborations comprend plus d’une vingtaine de spécialistes universitaires originaires d’une douzaine de pays répartis sur trois continents. Et plus encore, on s’est scrupuleusement appliqué pour que chaque chapitre soit écrit par un duo mixte, un homme et une femme, chacun et chacune d’une confession chrétienne différente. Difficile de faire plus diversifié. Ces couples (et un trio) improbables tantôt dialoguent, tantôt s’interpellent, tantôt confrontent leur vision et leurs idées au sujet de telle ou telle figure masculine de la Bible (des patriarches aux apôtres en passant par les prophètes) et sur le rôle de ces dernières dans l’histoire du salut. De ces discussions-partages jaillissent de nombreuses étincelles qui arrivent à éclairer tant les splendeurs que la face cachée de ces personnages : leurs vulnérabilités, leurs imperfections, leurs misères, leur faillibilité – de là certainement l’intérêt premier de l’exercice.
Ces multiples plumes permettent conséquemment une multiplication de points de vue, d’horizons, d’approches, de paradigmes et d’angles d’étude, puisés à autant de champs d’expertise dans le domaine des sciences bibliques et de la théologie : exégèse, herméneutique, homélitique, sémiologie, philologie, critique littéraire, interprétation, actualisation…
D’où, bien sûr, une prolifération dans la réflexion : ça jaillit et rejaillit, ça gicle, ça fuse, ça éclate, ça éclabousse, ça déborde, ça part dans une myriade de directions, ça rebondit et ça revient… Il y en a vraiment pour tout le monde dans ce livre, un peu comme un restaurant qui offrirait sur l’heure du midi, en plus des traditionnels poulet et poutine, bouffe-minute, buffets chinois, italien, indien, maghrébin, bar à salade et un assortiment complet de sushis. L’image n’est pas gratuite : ce livre est une réelle nourriture pour l’esprit.
Enfin, c’est aussi de références que foisonne cet ouvrage : notes infra et intra, renvois, annotations, notices, souvent savantes et multilingues, etc.
Ce livre nous est présenté comme la réponse aux nombreuses réactions positives qu’avait suscité Une Bible des femmes, paru en 2018 – et que je n’ai pas malheureusement pas encore eu la chance de le lire. Ce que je peux toutefois dire de ce pendant masculin, c’est qu’il faut être bien armé, bien équipé, bien outillé pour l’aborder ; mais une fois cela bien établi, vous irez de découverte en découverte. Faisant l’objet de portraits nouveaux, saisissants et adaptés à notre monde contemporain, plusieurs personnages bibliques masculins y sont dévoilés (déculottés ?), « dé-stéréotypés » sans vergogne : Samson dévirilisé et presque délicat, David en roi peu assuré (et c’est tant mieux), Job qu’on découvre père et mari, Joseph (père de Jésus) le plus sensible de tous, Jésus lui-même et encore son club des Douze, ainsi que Paul dont on se demande s’il ne serait pas la mère des personnes croyantes… On ne tiendra pas rigueur aux auteurs et autrices de s’en être tenus à ces seuls six personnages et d’en avoir négligé certains ou laissé plusieurs de côté. Je pense notamment à Abraham (le père des croyants…) ou aux autres patriarches, David (l’hyperdimensionnel) ou d’autres comme Naaman ou Jephté. On nous les réserve probablement pour un deuxième volume, après ce premier qui nous aura bien mis en appétit.



