Crédit : PAIR Services
17 février 2022

Le mouvement communautaire autonome somme la CAQ de tenir ses promesses

L’auteure est la coordonnatrice du Réseau québécois de l’action communautaire autonome (RQ-ACA)

Après deux ans de pandémie, l’épuisement, le sous-financement et la pénurie de personnel ont fortement fragilisé les groupes du mouvement communautaire autonome, pourtant essentiels à la vie démocratique et au filet social québécois. Alors que le gouvernement provincial prépare son budget 2022, la campagne Engagez-vous pour le communautaire fera entendre leur cri du cœur durant quatre jours d'actions du 21 au 24 février.

À l’heure actuelle, le milieu communautaire fait face à des défis de taille. Après deux années éprouvantes à faire preuve d’adaptation et de ténacité pour traverser la pandémie, les organismes sont à bout de souffle. Plus que jamais, l’inflation et le manque de personnel fragilisent les organismes, ce qui vient s’ajouter au sous-financement chronique déjà présent depuis plusieurs années. Plusieurs sont contraints de réduire, et parfois même d’abolir, certains services à la population. D’autres s’interrogent même sur leur survie à court et à moyen terme, ce qui entraînerait des conséquences irréparables pour bien des populations, notamment les plus marginalisées. 

Moins d’un an avant les élections provinciales, le prochain budget de la CAQ sera crucial pour la reconnaissance et le financement des organismes communautaires, surtout dans un contexte où les politiques de retour à l’équilibre budgétaire sont anticipées. 

Une campagne de mobilisation unitaire 

Engagez-vous pour le communautaire est une grande campagne provinciale de mobilisation qui, depuis 2016, unit les différents secteurs de l’action communautaire autonome (ACA) de partout au Québec. Elle réclame du gouvernement un soutien adéquat de l’ACA, de même qu’un investissement massif dans les services publics et les programmes sociaux dans une optique de justice sociale. 

Entre 2017 et 2020, la campagne Engagez-vous pour le communautaire a contribué de manière importante à obtenir des gains historiques pour le financement récurrent à la mission des organismes d’ACA, totalisant plus de 200 millions de dollars. Mais les sommes investies sont loin de couvrir tous les besoins et tous les secteurs d’activité. Au total, c’est un fossé de 460 millions de dollars qu’il reste à combler !  

Le 25 octobre 2021 a marqué le coup d’envoi de la relance de la mobilisation en vue du prochain budget provincial, alors que plus de 500 organismes de partout au Québec ont fait front commun avec une première journée de fermeture et d’actions destinée à alerter les élu-es sur les besoins criants du mouvement de l’action communautaire autonome. 

Cette mobilisation représentait la première d’une série d’actions et de fermetures ponctuelles d’organismes communautaires à travers le Québec dont le point culminant est prévu du 21 au 24 février 2022 par une vague de grèves, de fermetures et d’interruptions d’activités. 

Promesses brisées, communautaire fermé ! 

En 2018, le gouvernement de la CAQ a pris des engagements : celui de mieux soutenir des organismes communautaires et de réduire leur charge administrative. Depuis ce temps, très peu d’actions concrètes ont été réalisées pour mettre en place des solutions durables au sous-financement et à ses conséquences inévitables sur les populations en situation de vulnérabilité. 

Depuis bientôt trois ans, le RQ-ACA travaille en étroite collaboration avec le ministre du Travail, de l’Emploi et de la Solidarité sociale, Jean Boulet, afin d’identifier des solutions structurantes à ces problèmes qui devraient passer par des investissements substantiels, un plan d’action gouvernemental et l’adoption d’une loi spécifique à l’action communautaire. 

Le fait d’avoir repoussé la sortie du Plan d’action gouvernemental sur l’action communautaire (PAGAC), prévue pour le printemps 2021, a provoqué une vague de déception et de colère de la part des organismes communautaires, qui ont vu leurs besoins financiers exacerbés pendant la crise sanitaire. À ce jour, alors que le communautaire a été, et qu’il est toujours, en première ligne depuis le début de la pandémie, seulement 45 millions sur les 109 millions en fonds d’urgence généraux annoncés par le gouvernement du Québec se sont réellement rendus dans les caisses des organismes. À la fin de 2021, seulement la moitié (54%) des organismes avaient réussi à avoir accès à des fonds d’urgence du gouvernement alors que 29% n’avaient reçu aucune aide supplémentaire des différentes entités gouvernementales ou fondations philanthropiques en lien avec la crise. 

Financement à la mission : portrait et évolution 

Depuis plus de 20 ans, le financement annuel et récurrent de la mission globale des organismes d’action communautaire autonome constitue une façon d’assurer les frais liés à l’existence même des organismes. Ce type de financement constitue une forme de reconnaissance que l’action des organismes d’ACA ne se limite pas à la seule prestation de services, mais vise également à susciter la participation citoyenne et une transformation sociale. Ce sont d’ailleurs les programmes de financement à la mission globale qui ont permis aux organismes communautaires du Québec d’être plus forts et résilients que dans le reste du Canada, pendant la première vague de la pandémie, car disposant d’une plus grande latitude pour intervenir rapidement sur le terrain auprès des populations (IRIS, 2021). 

Alors que le gouvernement s’est engagé, depuis 2001, à financer davantage la mission des organismes plutôt que des ententes de service ou des projets ponctuels, ce mode de financement n’occupe toujours que 55,2 % du financement total des organismes d’ACA selon les dernières données disponibles (SACAIS, 2019-2020). Et pourtant, les besoins ont augmenté de 17 % entre 2015 et 2018 (CSMO-ÉSAC 2019).  

Bien que les investissements de plus de 200 millions de dollars entre 2017 et 2021 aient été bénéfiques pour plusieurs organismes communautaires, ceux-ci ont déploré que ces sommes ont été injectées à la pièce, de manière non planifiée et qu’elles demeurent insuffisantes pour combler des années de sous-financement. Ce sont actuellement 77 % des organismes communautaires qui affirment avoir besoin de financement supplémentaire pour réaliser leur mission (Observatoire de l’ACA, 2022). Sans parler des secteurs n’ayant reçu aucun ou très peu de rehaussement, comme les organismes en environnement ou en éducation. Les besoins prioritaires identifiés par les organismes relèvent surtout de l’embauche de personnel supplémentaire, l’amélioration des conditions de travail et la bonification des activités existantes. 

Le budget de la dernière chance ? 

La situation actuelle demande des mesures exceptionnelles, car une fois la crise passée, la relance économique risque de ne pas profiter à tout le monde. Une hausse importante des demandes de soutien dans les organismes est donc à prévoir. Après avoir absorbé pendant plusieurs années les effets de l’austérité, après avoir vécu une crise sanitaire qui les a fragilisés, et alors qu’ils vivent toujours dans une situation de sous-financement, les organismes communautaires auront-ils la capacité de faire face aux défis de la conjoncture post-COVID-19 ? Rien n’est moins sûr.  

Vingt ans après l’adoption de la Politique de reconnaissance de l’action communautaire, et dans un contexte où tout le Québec aura besoin de ses organismes communautaires, le budget 2022 est une occasion unique pour le gouvernement de concrétiser son engagement envers eux en consolidant et en soutenant adéquatement leur mission tout en tenant compte du nouveau contexte. Après 5 ans à saupoudrer de l’argent dans les programmes, le Plan d’action gouvernemental sur l’action communautaire est une occasion de rattrapage historique pour enfin régler le problème du sous-financement qui perdure depuis trop longtemps. Il en va de notre capacité collective à faire face de manière solidaire aux conséquences de la crise sanitaire.

 



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