Photo : engin arkyurt/Unsplash
2 mai 2022

Congés de maladie payés : ne soyons pas si chiches !

L’auteure est éditrice et rédactrice à la revue Relations

« On voudrait que ça devienne un peu un réflexe normal : on a des symptômes, on s’isole, on porte le masque, on reste à la maison. » 

C’est ainsi que le Dr Jean Longtin, microbiologiste et expert clinique du ministère de la Santé commentait dans Le Devoir la valse-hésitation des autorités au sujet du port du masque au Québec. Le « réflexe normal » auquel il réfère devrait en effet aller de soi dorénavant. Après tous les confinements et toutes les mesures liées à la pandémie de COVID-19, les Québécois et Québécoises devraient l’avoir bien appris, qu’il s’agisse d’un risque de propagation de COVID, de grippe ou de rhume. 

On peut malheureusement être sceptique quant à la capacité de plusieurs d’agir de manière responsable, tout comme on peut douter de l’attitude de certains employeurs qui continueront de dire « si tu n’as pas trop de symptômes, vient travailler quand même… » Mais ce qui est préoccupant, c’est surtout d’entendre médecins ou politiciens inviter les gens à développer ce civisme sanitaire de base sans mentionner le fait que pour bien des gens, ce n’est pas possible de « rester à la maison » au moindre symptôme.  

Plusieurs personnes dans plusieurs secteurs d’activité n’ont pas les moyens de s’absenter du travail et ne peuvent pas faire leur boulot en télétravail. On connaît le contexte de stagnation des salaires, de précarisation du travail et d’accroissement des inégalités qui conduit à cette situation, sans parler des difficultés qu’entraîne la hausse actuelle de l’inflation. La COVID a certes forcé les gens à devoir s’isoler et à s’absenter du travail, mais moins elle se fait menaçante, plus les personnes à faible revenu qui n’ont que peu ou pas de congés de maladie payés risquent de passer outre leurs petits symptômes de rhume, de grippe ou de COVID.  

Deux petites journées ? 

On aimerait donc entendre médecins et politiciens dire : On voudrait que le masque devienne un réflexe normal en cas de symptômes et que « les réformes structurelles du congé de maladie payé devront reprendre leur place parmi les priorités des pouvoirs publics lorsque la pandémie sera passée ».  

C’est ce qu’affirmait l’OCDE en juillet 2020 dans un rapport dans lequel elle soulignait la nécessité de corriger les lacunes des congés actuels pour protéger les revenus, les emplois et la santé des travailleurs et travailleuses en cas de maladie, pour endiguer et ralentir la propagation des maladies contagieuses, agir en prévention et se préparer en vue de pandémies futures. Plus encore, elle indiquait : « L’accès à un congé de maladie payé suffisamment généreux devient encore plus important pendant la phase de déconfinement, qui s’accompagne d’une réduction des dispositifs de maintien de l’emploi. » 

Nous y sommes dans cette phase de déconfinement. Or, peut-on dire que la norme du congé payé au Québec est généreuse ?  

Depuis la réforme de la Loi sur les normes du travail, en vigueur depuis janvier 2019, les travailleurs et travailleuses salariés régis par ces normes (en gros ceux et celles qui n’ont pas d’autre régime lié à leur emploi, à leur convention collective, etc.) ont droit à deux petites journées de congé payées par an. Cela s’applique non pas seulement en cas de maladie, mais aussi pour l’un ou l’autre des motifs suivants : accident, violence conjugale ou violence à caractère sexuel. Avant la réforme, c’était zéro journée. 

La réforme a donc amélioré un brin les choses, mais on ne peut vraiment pas dire que ce régime est généreux. La Loi sur les normes de travail permet certes de s’absenter huit autres journées par an pour ces mêmes motifs, mais sans solde. Dans le cas d’une maladie grave, pour qui n’a pas d’autre assurance, c’est un maximum de 26 semaines par an, sans solde, mais avec un accès au programme fédéral de prestations de maladie de l’assurance-emploi. 

Une priorité
Nombreux sont les travailleurs et les travailleuses autonomes ou atypiques qui ne sont même pas protégés par les normes du travail, faut-il le rappeler, c’est le plus grave. Ces personnes n’ont pas de congés de maladie payés, évidemment. Plus que d’autres, elles travaillent même lorsqu’elles sont malades. La prestation canadienne de maladie pour la relance économique, mise sur pied pour les personnes qui n’ont pas de congés de maladie payés et qui sont malades de la COVID-19 ou qui doivent s’isoler ou s’absenter du travail à cause d’elle, est une réponse – temporaire – au manque de congé de maladie. Elle offre 500 $ (450 $ après impôt) pour une semaine, cela pour un maximum de 6 semaines. La PCU a aussi aidé des personnes privées de revenus pendant la pandémie, parfois lorsqu’elles étaient malades. 

Si on veut qu’au Québec la population adopte vraiment de bons réflexes sanitaires de base (hors des contraintes imposées en temps de crise) pour freiner la propagation des virus actuels et à venir, il faut donc plus que de la bonne volonté, de la sensibilisation ou d’autres débats confus au sujet du masque. Il faut améliorer significativement les conditions de travail, comme l’ont bien rappelé les manifestations du 1er mai, en ramenant à l’avant-plan l’enjeu des congés de maladie payés pour tous les travailleurs et travailleuses, toutes catégories confondues.  

 

 



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