10 novembre 2023

Gaza : le Canada doit exiger un cessez-le-feu et cesser d’appuyer la campagne génocidaire de l’État israélien

S’il se soucie vraiment du droit international et de la démocratie, le Canada doit au minimum exiger un cessez-le-feu immédiat à Gaza, la fin du blocus illégal de l’enclave palestinienne et cesser d’armer le régime d’apartheid israélien.

 

Montréal, le 10 novembre 2023 – Depuis plus d’un mois, les bombardements sur la bande de Gaza et son invasion terrestre par l’armée israélienne ont fait plus de 10 000 morts, dont plus de 4100 enfants. Le blocus quasi-total de l’enclave prive d’eau, de nourriture, de soins de première nécessité, de carburant et d’électricité des pans entiers de la population gazaouie, alors même que les infrastructures civiles et les hôpitaux sont sciemment détruits par les forces israéliennes. Face à ces crimes de guerre et à cette catastrophe qui a toutes les caractéristiques d’un génocide en vertu du droit international et de l’avis de nombreux experts, le Centre justice et foi souhaite joindre sa voix à toutes celles qui s’élèvent pour réclamer un cessez-le-feu immédiat ainsi que la fin du blocus illégal de la bande de Gaza.

Dans ce contexte, il nous semble aberrant que le Canada, qui se dit soucieux du droit international, des droits humains, de la démocratie et du multilatéralisme, soutienne aussi unilatéralement son allié israélien et refuse d’entendre l’appel au cessez-le-feu lancé – entre autres – par des dizaines de milliers de personnes qui ont pris la rue à Montréal, Toronto et d’autres villes canadiennes, le 4 novembre dernier.

Il est encore plus aberrant que le Canada continue d’accroître ses exportations militaires vers le régime d’apartheid israélien, comme le rappelle un rapport récent de l’organisme Canadiens pour la justice et la paix au Moyen-Orient (CJPMO). Faut-il rappeler que les exportations militaires canadiennes à l’Arabie Saoudite sont à juste titre contestées depuis 2021 sur le plan juridique pour des motifs similaires, à savoir la crainte que les armes fournies ne servent à commettre des violations du droit international relatif aux droits humains ? Le parallèle est d’autant plus patent que c’est avec des alliés comme l’Arabie saoudite que l’État israélien souhaite parachever un processus de normalisation de ses relations avec les États de la région, en se drapant des oripeaux de la paix et de la prospérité.

À nos yeux, le minimum serait de décréter un embargo militaire complet jusqu’à ce qu’une enquête internationale se penche sur les multiples violations du droit international et des droits humains commis par l’État israélien dans le cadre de sa campagne actuelle (pensons entre autres au bombardement de camps de réfugiés, d’hôpitaux, au siège total imposé à la population civile), mais aussi, plus largement, dans le cadre de sa politique d’apartheid, d’occupation, de colonisation et d’annexion des territoires palestiniens qui dure depuis des décennies.

En cette année de commémoration des 75 ans de la Nakba, « catastrophe » au cours de laquelle plus de 750 000 Palestinien·nes furent chassé·es de leurs terres par des milices sionistes puis par l’armée du nouvel État d’Israël, en 1948, il importe de rappeler que cet épisode de nettoyage ethnique n’est pas un fait isolé dans l’histoire de la région. Il s’agit bel et bien d’un processus toujours en cours qui vise, à terme, l’accaparement complet du territoire de la Palestine historique par l’État d’Israël et qui s’accomplit par l’anéantissement ou l’écrasement du peuple palestinien, et ce, de plusieurs façons : déportations, expropriations, persécutions, assassinats, incarcérations de masse… Autant de crimes compilés et dénoncés par un nombre croissant de missions internationales et d’ONG de défense des droits humains[1], mais jamais sanctionnés. Le massacre actuel à Gaza et le déplacement forcé des deux tiers de sa population (qui était déjà constituée à 70 % de réfugié·es) n’en constitue que le prolongement décomplexé. L’attaque du Hamas aura ainsi fourni le prétexte pour obtenir militairement ce qu’Israël n’arrivait pas à obtenir par d’autres moyens : faire plier les dernières autorités palestiniennes non encore complètement cooptées.

Malgré tout cela, les capitales occidentales maintiennent leur soutien inconditionnel à l’État israélien. Et, malgré l’adoption en 2018 d’une loi à portée constitutionnelle proclamant Israël « l’État nation du peuple juif » ­­– officialisant ainsi le statut d’Israël en tant qu’État d’apartheid ethno-confessionnel où les citoyens et les citoyennes juif·ves sont les seul·es à bénéficier de leurs pleins droits –, c’est encore sous prétexte qu’Israël serait la seule démocratie libérale et séculière au Moyen-Orient qu’on lui accorde l’impunité complète. Cette identification à Israël, que l’on fantasme comme un avant-poste de la civilisation occidentale au milieu de la barbarie islamique, et l’aveuglement qui en découle rendent nos nations impérialistes et coloniales complices de ses crimes.

En tant que citoyennes et citoyens québécois·es et canadien·nes, nous refusons d’accepter cette image de nous-mêmes que nous renvoie le gouvernement israélien. Nous appelons le gouvernement canadien et tous·tes nos représentant·es politiques à faire de même, pour que cesse enfin l’impunité. Nous les appelons, du même souffle, à garantir pleinement la libre expression de la solidarité avec la Palestine et à cesser de jouer le jeu de la marginalisation, de la stigmatisation, voire de la criminalisation de celle-ci en la réduisant à une forme d’antisémitisme ou de soutien au terrorisme. Ce procédé infâmant et indigne d’une démocratie ne fait que jeter de l’huile sur le feu dans un contexte déjà suffisamment tendu.

Nous appelons enfin les personnes et les organisations soucieuses de la dignité humaine du peuple de Palestine à rejoindre minimalement avec nous le mouvement non-violent Boycott, désinvestissement et sanctions (BDS) lancé par la société civile palestinienne en 2005. Par cette campagne qui cible le capital économique, culturel et symbolique du régime d’apartheid israélien, il demeure possible d’agir et de crier haut et fort que nous ne serons pas complices des crimes que nos gouvernements avalisent en notre nom. Et qu’il n’y aura jamais de paix durable sans vérité et sans justice.

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Le Centre justice et foi (CJF) est un centre d’analyse sociale et de recherche qui pose un regard critique et rigoureux sur les structures sociales, politiques, économiques, culturelles et religieuses. Il publie la revue Relations et organise différentes activités publiques. Son secteur Vivre ensemble développe une expertise sur les enjeux d’immigration, de protection des réfugiés ainsi que sur le pluralisme culturel et religieux. Il a produit de nombreuses analyses et ressources pour éclairer les causes profondes de la violence en Israël-Palestine, dont plusieurs peuvent être consultées en libre accès ici. Le CJF est membre de la coalition BDS-Québec.


[1] Du rapporteur spécial de l’ONU Michael Lynk en passant par Human Rights Watch, Amnesty international, B’Tselem, le Israeli Committee Against House Demolitions, Defense for Children International Palestine et Kairos Palestine, entre autres.

Pour plus de détails et demandes d’entrevue, communiquez avec Emiliano Arpin-Simonetti, coordonnateur des communications, Centre justice et foi | T. 514-387-2541 # 236 | [email protected]

 

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