19 mars 2019

Pacte mondial pour  les migrations 2018 | Lettre au premier ministre du Canada

Monsieur le Premier ministre,

Le 19 septembre 2016, lors de l’adoption de la Déclaration de New York pour les réfugiés et les migrants, l’Assemblée générale de l’Organisation des Nations-Unies (ONU) a décidé de développer un Pacte mondial pour les migrations. Premier en la matière sur l’enjeu migratoire, ce pacte s’inspire des accords sur le climat. Cette décision reconnaît l’importance de traiter de la question des migrations dans un cadre multilatéral. Ce pacte devrait être ratifié les 10 et 11 décembre prochains à Marrakech au Maroc.

Dans le contexte de la crise actuelle ·en matière migratoire – que nous rappellent notamment les personnes constituant la caravane partie d’Amérique centrale ces dernières semaines -nos organisations, le Centre justice  et foi et le Service jésuite  des réfugiés, veulent insister sur l’urgence de solutions généreuses et globales. Comme le Canada a su le faire dans le passé, nous espérons que notre pays plaidera pour des mesures significatives en matière d’accueil et qu’il jouera un leadership sur cet enjeu. Les causes qui président aux mouvements migratoires sont structurelles et appellent des mesures de cet ordre.

Les personnes migrantes ont un courage prophétique. Elles nous montrent comment résister à la détresse et à l’extrême-violence : en rétablissant la vérité sur l’histoire et la condition humaine, en offrant leurs intérêts à la médiation et à la négociation, en dégageant l’universalité de leurs droits et l’apport de leurs cultures. Nous devons trouver des réponses plus dignes et justes à leur besoin de protection.

La Canadienne Louise Arbour, représentante spéciale du secrétaire général de l’ONU pour les migrations internationales, espère un changement de perspective sur cette question. Elle rappelait récemment avec justesse que nous en sommes « collectivement au début d’une conversation sur la mobilité humaine. Un sujet sur lequel les États sont très chatouilleux, gardiens de leur souveraineté, mais qui implique inévitablement l’interdépendance » (Le Devoir, 24 mars 2018).

Les discussions autour de ce pacte doivent contribuer à mieux faire entendre des voix informées sur cette question. Madame Arbour ne cesse de le rappeler. Le processus de ce pacte permet d’ailleurs de mettre autour d’une même table des acteurs différents, qu’il s’agisse des États d’accueil et de départ, des Églises, des ONG, des entreprises, des syndicats, des experts, des associations de migrants, des associations de droits humains, etc. Nous espérons que le Canada œuvrera à faire en sorte que l’on prenne au sérieux les dysfonctionnements qui découlent d’une gestion désordonnée trop souvent fondée sur une approche sécuritaire de la question des migrations. Nous espérons que les recommandations issues de ce Pacte ne seront pas de nature à sélectionner les migrants sur des bases essentiellement utilitaristes.

Nous disposons pour le moment de grandes conventions internationales. Bien qu’imparfaites, l’essentiel des droits fondamentaux  s’y trouve  : droits civils et politiques et droits économiques, sociaux et culturels y compris droit à la circulation. Mais elles ne sont pas assorties de mécanismes contraignants d’application. Pour que des droits énoncés soient concrétisés, il faut que les bénéficiaires puissent faire valoir ces droits devant de pouvoirs juridictionnels  dont les décisions soient exécutoires.

Il y a finalement un défi de communication afin d’assurer un traitement plus démocratique de cette question. Il est essentiel de faire circuler auprès des populations des bases nouvelles pour développer des politiques publiques en matière migratoire. Et c’est le rôle que le Canada devrait jouer  auprès de sa population et à l’échelle mondiale.

Veuillez agréer, Monsieur le Premier Ministre, l’assurance de notre considération et de notre reconnaissance pour les gestes d’hospitalité que le gouvernement posera envers nos frères et sœurs migrants centraux-américains.

Mouloud Idir, Coordonnateur du secteur Vivre ensemble du Centre justice et foi et Norbert Piché, Directeur Service jésuite des réfugiés – Canada

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Le Centre justice et foi (CJF) est un centre d’analyse sociale qui pose un regard critique sur les structures sociales, politiques, économiques, culturelles et religieuses. Il publie la revue Relations et organise différentes activités publiques, notamment les Soirées Relations. Son secteur Vivre ensemble développe une expertise sur les enjeux d’immigration, de protection des réfugiés ainsi que sur le pluralisme culturel et religieux.

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