Secteur Vivre Ensemble
Facebook Twitter Vimeo

DOSSIER : - Face aux appréhensions et discours dominants

Face aux appréhensions et discours dominants

SOMMAIRE DU BULLETIN

Webzine Vol. 24 no 84
HIVER 2017

RECENSION DE LIVRE : Musulmans au quotidien – une enquête européenne sur les controverses autour de l’islam

Par : André Beauchamp

De façon très accessible, Nilüfer Göle synthétise les résultats d’une enquête de terrain conduite de 2009 à 2013 auprès de « musulmans ordinaires » et de leurs concitoyens non musulmans dans vingt et une villes européennes. Son but était d’interroger les réactions à certaines controverses de l’heure : hijab, halal, prière, etc. Elle apporte des réponses souvent inattendues à des questions simples. Grâce à son dispositif d’enquête original, Nilüfer Göle bouscule bien des idées reçues et montre que les controverses ont paradoxalement contribué à l’émergence d’une culture publique alternative. Du hip-hop islamique au « jambon halal », la nouvelle manière d’être musulman en Europe passe par une stylisation islamique des modes de vie modernes, en rien contradictoire avec les valeurs culturelles européennes. Un travail fondé sur l’enquête et non sur l’idéologie.

Nilüfer Göle
Musulmans au quotidien : une enquête européenne sur les controverses autour de l’islam
Paris, La Découverte, 2016
294 pages.

Ce livre, nourri d’une enquête au long cours, l’a montré : depuis les années 1980, la religiosité des personnes musulmanes, auparavant réputée limitée aux sphères de vie des immigrés, s’est affirmée en Europe dans l’ensemble de la vie sociale. Les musulmans revendiquent le droit de vivre leur religion, de suivre les prescriptions islamiques tout en ayant accès aux espaces de vie commune, de travail, d’éducation et de loisirs des sociétés européennes.

La manifestation de l’islam dans la vie publique européenne signale une nouvelle étape dans l’intégration des musulmans et leur sédentarisation, mais à l’évidence, elle soulève aussi de vives polémiques et suscite d’intenses débats avec ses symboles majeurs visibles – les mosquées, le hijab ou le halal.

L’islam devient une affaire publique, débattue par tous, un sujet mobilisant acteurs et passions collectives[1]. Les controverses qui l’entourent conduisent à l’émergence de nouveaux clivages et d’alliances autour de normes, de valeurs et d’identités; et elles altèrent les agendas démocratiques des pays européens. « L’islam y est devenu une source incontournable dans la fabrique des politiques, aussi bien pour ceux qui le combattent que pour ceux qui le revendiquent » (p. 269).

Cette affirmation de l’auteure dans le dernier chapitre montre bien le trajet de son livre. Sociologue, directrice d’études à l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS, Paris), elle a mené une enquête considérable auprès d’Européens musulmans et non musulmans dans vingt et une villes d’Europe. Convaincue que les « terroristes sectaires n’ont aucun rapport avec le vécu quotidien de l’immense majorité des musulmans d’Europe et de la nouvelle culture publique qu’ils contribuent à créer » (p. 5), elle a voulu dépasser les stéréotypes imposés par l’opinion publique et saisir de plus près le vécu réel des participants. « C’est dans le cadre de l’appel à candidatures du « Programme Idées » du septième cadre de recherche de l’Union européenne que j’ai développé le projet EuroPublicIslam. […] Ce projet m’a permis de mener cette enquête de terrain sur les controverses autour de l’islam en Europe » (p. 27).

Nilüfer Göle a élaboré une méthodologie particulière (les espaces publics expérimentaux EPE) et mené à la fois des discussions de groupes et des entrevues personnelles. « La transcription complète des données récoltées sur le terrain couvre plus de 3 000 pages et un film documentaire de soixante minutes a été réalisé à partir des enregistrements vidéo des discussions de groupe » (p. 21).

Dans son introduction, l’auteure rappelle la contre-culture française des années 1970 orientée contre les valeurs conservatrices héritées de l’emprise de l’Église catholique et pour la promotion des femmes et la liberté sexuelle. La sociologue affirme que Mai 68 a perdu la trajectoire de son combat. « Dans ce contexte, la liberté d’expression et la laïcité semblent être devenues des valeurs incantatoires, un paravent derrière lequel les porte-parole supposés de la société majoritaire se réfugient pour préserver leur confort intellectuel » (p. 9). Ils ne tissent plus de liens.  Ils attaquent le faible, le citoyen musulman ordinaire.

Les deux premiers chapitres (p. 33-84) tracent le portrait intellectuel du débat autour de l’islam.  La fatwa et le hijab, la laïcité, la Leitkultur en Allemagne, le multiculturalisme. L’auteure décrit l’opposition viscérale à l’islam. Elle soutient que « Les migrants musulmans se trouvent dépossédés d’un langage politique qui leur permettrait de défendre leur présence dans la vie de la cité. Ils ne sont pas les bienvenus, hormis ceux qui adhèrent aux idées de l’intelligentsia laïque, ceux qui répondent aux impératifs d’un féminisme d’en haut et aux valeurs de la culture de référence, dominante, la Leitkultur » (p. 62).

Nilüfer Göle cerne ensuite très clairement le propos de son livre et le nœud du conflit de musulmans qui s’affirment comme tels au sein de l’espace public. En suivant les prescriptions islamiques, les musulmans manifestent leur présence d’une manière visible et active. Le qualificatif d’ordinaire n’évoque pas ici le fait d’être invisible et passif. L’expression de la foi est une forme d’action. La foi comme croyance, mais aussi comme performance, convoque un mode d’agir personnel et public.

L’acte consistant à porter de le hijab ou à faire la prière témoigne de cette forme religieuse de mode d’agir : elle est à la fois intériorisée et personnelle, à la fois performative et publique. Les citoyens musulmans présentent pourtant une visibilité perçue comme dérangeante, une « étrangeté », car ils aspirent à être des citoyens ordinaires tout en affichant une religiosité à traits distinctifs. Ils deviennent visibles, se font remarquer au lieu de se fondre dans la société majoritaire.

Cette ambivalence entre la manifestation d’une différence visible et l’aspiration à être des citoyens ordinaires peut être mieux comprise par l’approche d’Hannah Arendt de l’espace public, perçu comme un espace d’apparition[2]. Selon la philosophe, ceux qui ont le courage de quitter leur abri privé et de se dévoiler, de manifester leur présence et leur singularité dans la vie publique font acte de citoyenneté : c’est dans l’action et l’apparition en public qu’ils deviennent des citoyens. Arendt nous invite à penser, comme l’écrit Étienne Tassin, un « héroïsme de l’action », la conquête des « gloires ordinaires » dans l’espace public démocratique[3].

Les musulmans disputent leur place dans la quotidienneté en suivant les prescriptions islamiques qui les singularisent. C’est en cherchant à être de bons musulmans, des croyants ordinaires, qu’ils deviennent des citoyens visibles (p. 72-73). Les chapitres suivants abordent les sujets de controverse : la prière musulmane (3), les mosquées (4), l’art sacré et la violence (5), le voile des femmes (6), la charia (7), le style de vie halal (8).

La prière publique
On connaît les cinq piliers de l’islam : la foi, la prière, le jeûne du ramadan, l’aumône, le pèlerinage à La Mecque une fois dans sa vie. La prière est la première œuvre de la vie du croyant.  Elle est renouvelée cinq fois par jour. « La prière peut s’accomplir dans la solitude, mais la prière collective dans les mosquées est recommandée, surtout pour les hommes – celle du vendredi midi étant la plus importante de la semaine. Les croyants, très proches les uns des autres, se répartissent alors en rangées aussi rectilignes que possible pour représenter l’égalité des hommes devant leur unique Seigneur » (p. 86).

Les croyants « ne voient pas d’inconvénients à prier en dehors des mosquées, en posant leur tapis à même le sol, au coin d’une rue, dans le couloir d’une école, sur une place publique, voire sur le parvis d’une église. Mais ces pratiques entraînent une visibilité de la prière islamique au cœur des sociétés européennes; et, dans la mesure où elles transgressent[4] les frontières établies entre les lieux de culte et les espaces séculiers, elles sont souvent perçues comme l’intrusion disruptive d’une religion étrangère dans la vie publique » (p. 87).

Des conflits ont émergé à Paris, rue Myrha, et à Berlin, mais aussi en Italie, notamment à Bologne. Le 3 janvier 2009 sur la Piazza Maggiore, face à la basilique San Petronio, une manifestation propalestinienne suivie d’une prière publique par des participants musulmans a soulevé une immense controverse. L’évêque catholique de Bologne a interprété la prière devant la basilique comme un acte politique. « Les évènements de Bologne semblent avoir eu pour effet d’accentuer la spirale des politiques identitaires et la montée des mouvements néopopulistes face à la présence de l’islam dans l’espace public perçue comme une menace » (p. 93).

L’auteure a donc organisé un « groupe d’espace public expérimental » à Bologne, regroupant onze membres, des militants catholiques hostiles, des musulmans et d’autres personnes moins engagées. La rencontre a été un échec retentissant. Nilüfer Göle signale que l’intolérance était manifeste chez les catholiques alors que les musulmans essayaient d’engager un discours de réconciliation (p. 100). Le discours de la peur prédomine. « Ce qui s’entend dans ces discours sur la peur, c’est moins l’échec de l’intégration que, à l’inverse, le succès de l’ascension sociale redoutée des enfants, devenus italiens, de migrants de culture musulmane. Le fait d’être contraint de partager avec eux le même espace et les mêmes droits provoque en effet la colère de certains Bolonais de souche »  (p. 98).

Minarets et mosquées
La mosquée est à la fois un lieu de prière et un centre de vie commune. Quand elle est dotée de dômes et de minarets, elle se distingue dans le paysage (comme un temple ou une église). La Suisse ne compte que trois minarets : Zurich, Genève et Winterthur. En 2009, à Wangen, une communauté islamique locale obtient d’ajouter un minaret minuscule et silencieux à son lieu de prière. Le débat public est soulevé et des citoyens entament un processus de référendum populaire.

Contre toute prévision, la Suisse, pays démocratique par excellence (et qui ne fait pas partie de l’Union européenne), ratifie le référendum (à 57.5 % des votes) en sorte que l’interdiction de construire des minarets est désormais inscrite dans la Constitution fédérale. L’auteure tient un groupe de discussion à Genève en décembre 2009. La construction de minarets et de mosquées rencontre désormais l’hostilité de l’opinion publique.

À Istanbul, deux mosquées sont édifiées, celle de Camlica érigée par Erdogan, de caractère ostentatoire et dominateur, et celle de Sakirin, de caractère plus modeste avec une touche féminine. À Sarajevo, il y a un malaise entre les mosquées implantées par des Saoudiens, Malaisiens et Indonésiens et les mosquées locales dites « bosniaques », entre l’islam global (d’ailleurs?) et l’islam local.

À Cologne, l’implantation d’une grande mosquée risque de menacer l’hégémonie de la cathédrale Kölner Dom, la troisième plus grande d’Europe, inscrite au patrimoine mondial de l’Unesco. La controverse est vive mais le résultat semble un succès. D’ailleurs, l’architecte retenu est un allemand. Pour l’auteure, « ce cas de Cologne illustre la possibilité qu’une mosquée puisse participer à la constitution d’un nouvel espace public » (p. 125).

Le hijab des femmes
La sociologue explique que le voile peut se définir « comme un instrument de chasteté et de dévotion, un signe distinctif d’une femme musulmane qui désire soigneusement cacher ses atouts, couvrir ses cheveux et les formes de son corps » (p. 156).  Je dois dire que cela me rappelle mon enfance. Pour désigner les femmes on disait les personnes du sexe, étant comme convenu que toute la séduction réside dans la femme. Porter le hijab en pays musulman est comme la règle.  Cela passe inaperçu. Le porter en Europe, c’est devenir visible. « Les femmes voilées se retrouvent en tension aussi bien avec le féminisme séculier qu’avec l’autorité islamique. Dès lors qu’elles rompent avec les cadres établis et qu’elles participent à l’élaboration des normes et de la vie intime et publique, elles transforment leur condition de minorité visible en “minorité active” » (p. 155).

L’auteure évoque les débats bien connus en France sur le port du hijab et les exigences de la laïcité, la commission Stasi (2003). Elle évoque la conférence islamique allemande. Elle rappelle aussi l’histoire de Mahinur Ôzdemir, militante de gauche mais que la gauche féministe rejette parce qu’elle porte le voile. En entrevue, les journalistes ne l’interrogent pas sur son programme mais sur le foulard et le sexe. Candidate aux élections, elle ne sera pas élue. Intégrée à sa société, instruite, parlant parfaitement le danois, elle ne passe pas le test. « Mais les adversaires de son voile ont réussi à l’enfermer dans une case udensk, non danois, étrangère » (p. 173). En conclusion de ce chapitre, Nilüfer Göle affirme que la controverse autour du hijab porte en fait sur la sexualité, sur la démocratie sexuelle[5].

La charia
« La charia, qui définit une hiérarchie des normes, est un ensemble de prescriptions auxquelles les musulmans doivent se soumettre dans les domaines de la religion, des relations sociales et du droit » (p. 185). La charia n’est pas un concept monolithique. Elle est objet de controverses et d’interprétations. Depuis deux siècles, dans les pays à majorité musulmane, elle n’est pas à confondre avec le système judiciaire, alors que de son côté la Turquie a instauré un statut de citoyenneté indépendant de toute affiliation religieuse. Toutefois, le renouveau religieux de l’islam incite des dirigeants à retourner à l’application de la charia alors même qu’il n’y a pas d’autorité religieuse pour statuer.

L’auteure montre qu’en Europe les personnes musulmanes sont renvoyées à leur conscience et qu’elles mettent en œuvre la charia dans le contexte historique et social qui est le leur. Quels sont les ajustements possibles? On peut penser à différentes formes de règlement de conflit ou à la reconnaissance de certains actes. « Les musulmans se trouvent contraints de “déconstruire” leur rapport à la charia et de reconstruire leur citoyenneté britannique musulmane. C’est une conscience de citoyenneté acquise par le “déraillement” de leur identité islamique préétablie » (p. 213).

Le style de vie halal
Comme d’autres religions, l’islam a son code du pur et de l’impur, du licite et de l’illicite dans diverses secteurs de la vie, notamment dans l’alimentation. Le terme halal désigne le licite. Le halal précise aussi le mode d’abattage des animaux voués à la consommation. Mais l’interdit le plus connu, qui caractérise le judaïsme comme l’islam, c’est le porc. Pour l’islam, le porc est impur. Et l’abattage halal s’impose pour les animaux licites. Dans la culture occidentale, au contraire, le porc est un animal familier, proche, chaleureux et délicieux, celui dont on mange toutes les parties. Autant l’islam et le judaïsme ont développé une hantise du porc, autant au contraire le porc fait partie de notre folklore et de nos habitudes alimentaires.

Quant aux méthodes d’abattage, elles ont beaucoup changé et correspondent aujourd’hui à des processus techniques inconnus des anciens. Le conflit est donc patent. L’auteure explique que cette tension incite les musulmans à abandonner le régime carné (porc et abattage) en faveur des régimes végétariens. Le style halal (le licite, le permis) devient donc plus important que l’obsession de l’interdit, du péché (haram). Le halal devient un business qui échappe aux diktats de l’autorité religieuse.

En réaction au halal et à ses succès, une partie de la population française réagit en insistant sur le cochon comme révélateur de l’identité. Le cochon, c’est la table républicaine, l’entre-soi. On assiste à un combat symbolique parfois drôle, parfois affligeant. Mais les personnes musulmanes pratiquent aussi l’humour et l’autodérision, comme en témoigne le film Le Jambon et l’apparition sur les marchés d’un jambon halal dont je ne sais pas la recette.

Conclusion et réflexions critiques
En conclusion, l’auteure estime que l’entrée en scène des musulmans en Europe va changer celle-ci. On ne parle pas ici de conquête, ni de guerre, ni d’assimilation, mais d’autre chose. Pour citer de nouveau, « L’islam y est devenu une source incontournable dans la fabrique des politiques, aussi bien pour ceux qui le combattent que pour ceux qui le revendiquent » (p. 269).

Nilüfer Göle estime que les djihadistes et les islamophobes combattent le processus d’hybridation et d’inculturation et se crispent sur des formes archaïques de statu quo. « L’antidote contre l’engrenage des extrémismes réside dans les possibilités de faire public, de passer du collage au tissage des différences. L’exception de l’Europe est là, dans sa liberté créatrice, dans sa propension à s’inventer avec d’autres. À l’instar d’un tapis magique, l’Europe montre un horizon du possible avec ses musulmans » (p. 289).

L’ampleur de la présente recension montre qu’il s’agit d’un travail très considérable et de premier plan. Le titre musulman du quotidien est exact dans la mesure où il illustre les malaises des musulmans ordinaires à propos des thèmes abordés. Mais ce n’est en rien une description du vécu quotidien.

L’enquête réalisée est considérable et mériterait d’être menée ailleurs, même si les termes et les opinions risqueraient de se ressembler. Il faut de grandes et de belles institutions pour soutenir de pareilles recherches. J’aurais aimé qu’on annexe une liste des dialogues EPE avec dates, villes, nombre de participants et leur origine, ainsi que les thèmes abordés.

Manifestement, l’auteure est croyante et évite d’entrer dans les controverses. Son explication des réalités abordées, depuis l’intérieur, confère à son texte un petit côté apologétique inévitable. Par exemple, sur le porc et les interdits alimentaires, elle ne semble pas connaître les travaux de Mary Douglas. De même, aucun regard critique sur la circoncision et sa signification anthropologique. Pas un mot sur la polygamie et sa pratique réelle ou clandestine. Bien sûr, l’ouvrage ne porte pas sur l’islam mais bien sur la façon dont les musulmans s’intègrent à l’Europe et la transforment.

Les thèmes abordés : la prière, le temple, l’art de la subversion, la charia, les interdits alimentaires pourraient faire l’objet de longs développements. Dans ma jeunesse on était ici même si sévère et si prude. Mais le hidjab n’est pas un en-soi. La décence et la modestie se déplacent au gré des modes vestimentaires. Il y aurait encore tant à dire. Voici donc un livre très solide et très éclairant. Bonne lecture.

L’auteur, théologien, est collaborateur du secteur Vivre ensemble


[1] Nilüfer Göle, « Islam resetting the European agenda », Public Culture, Vol. 18, no 1, hiver 2005-2006, p.11-14.
[2] Hannah Arendt, La vie de l’esprit, La pensée, Le vouloir, PUF, coll. « Quadrige », Paris, 2013. La première édition en anglais date de 1971.
[3] Étienne Tassin, « Les gloires ordinaires, actualité du concept arendtien d’espace public », Sens public, no 15-16, juillet 2013, p. 23-38.
[4] La visibilité publique de l’islam a le sens d’une transgression spatiale du religieux, qui défie à la fois les régimes de la sexualité et de la laïcité.
[5] Le lien entre démocratie et sexualité dans la vie politique européenne n’est pas un phénomène nouveau. Au fur et à mesure que le principe démocratique de l’égalité s’étend, il met en lumière les inégalités, les discriminations, les exclusions, les stigmatisations dans le domaine des rapports de sexes. L’islam affronte la perception émancipatrice du sujet et introduit une autre notion du sujet féminin, pieux et public à lafois. La présence de l’islam en Europe révèle également les fondements laïques de l’organisation des espaces publics. On peut se demander si le principe de l’égalité se pervertit au nom d’un universel devenu hégémonique au point d’imposer un mode de croire, de faire et de paraître qui annihilerait toute liberté individuelle et singulière.