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DOSSIER : - Femmes en mouvement Vol. 17 Num. 57

Femmes en mouvement Vol. 17 Num. 57

SOMMAIRE DU BULLETIN

Webzine Vol. 17 no 57
AUTOMNE 2009

Femmes immigrées et racisées une réalité méconnue

Par : Yasmina Chouakri

En collaboration avec le Comité de réflexion sur la situation des femmes immigrées et racisées mis en place depuis avril 2008, la Table de concertation des organismes au service des personnes réfugiées et immigrantes (TCRI) a lancé depuis le 1er septembre 2009 un projet d’envergure portant sur les femmes immigrées et racisées au Québec(2).

Tout en permettant aux femmes concernées d’acquérir une meilleure connaissance de leur situation au plan provincial et régional ainsi que des défis qu’elles ont à relever, ce projet suscitera leur participation citoyenne et leur leadership. Il devrait permettre à la TCRI et à ses organismes membres de mieux répondre aux besoins spécifiques des femmes et des hommes par le développement d’outils qui favorisent l’application d’une approche « de genre » et facilitent ainsi l’utilisation de l’analyse différenciée selon les sexes (ADS) dans les institutions concernées par les questions reliées à l’immigration.

Planifié sur trois ans, le projet permettra de vérifier les pratiques des organismes communautaires, de développer des outils permettant d’entamer une tournée dans les régions et enfin d’organiser une rencontre nationale en 2011, qui dégagera des priorités d’intervention et des actions à privilégier afin d’agir concrètement sur la situation et les préoccupations des femmes immigrées et racisées au Québec.

Origine de ce projet?

Ce projet découle du besoin urgent de faire un bilan sur la situation actuelle des femmes immigrées et racisées au Québec. Parmi les membres de la Table de concertation des organismes au service des personnes réfugiées et immigrantes, plusieurs organismes membres s’inquiétaient depuis plusieurs années de la situation et des besoins spécifiques des femmes immigrées et souhaitaient que la Table se penche enfin sur leur situation et sur leurs besoins particuliers.

Ce besoin urgent était également exprimé par les actrices de la base elles-mêmes. En ce sens, une rencontre de réflexion des femmes immigrées impliquées dans le milieu communautaire de l’immigration et le mouvement des femmes a eu lieu le 24 avril 2008 afin de définir les moyens les plus urgents à mettre en oeuvre.

Les inquiétudes de ces femmes portaient non seulement sur leur situation socioéconomique (précarité économique, faibles revenus, secteurs d’emploi occupés, violence, exclusion sociale), mais aussi sur la pérennité de statuts d’immigration qui maintiennent et renforcent même parfois cette situation de précarité par rapport au pays d’origine.

En effet, à la féminisation de l’immigration des quinze dernières années3 et aux changements des pays de provenance des immigrées (plus importante en provenance de pays du sud), se combine une absence de politique d’immigration et d’intégration prenant en compte les besoins spécifiques de ces femmes. Viennent le confirmer des études parcellaires sur la santé, l’emploi, etc. ainsi que les données statistiques des dernières années, notamment celles des recensements de 2001 et 2006.

On note également l’arrivée de femmes en provenance de pays qui vivent des conflits armés. Elles sont victimes de multiples violences, agressions sexuelles et torture; d’autres sont victimes du trafic et de la traite. Un manque de connaissance de leurs besoins spécifiques crée les conditions qui les rendent particulièrement vulnérables et qui menacent leur intégrité.

Déjà une littérature révélatrice!

En 2001, Condition Féminine Canada produisait une recherche sur les femmes parrainées intitulée : Qui prend pays… L’impact du parrainage sur les droits à l’égalité des femmes immigrantes(4), mais le statut de parrainage n’a pas été modifié. Seule sa durée a diminué au Québec pour les conjoints mariés depuis la Marche du Pain et des roses de 1995.

En 2005, le Conseil du statut de la femme publiait un document sur la situation des femmes immigrées(5). Depuis 2005, le Ministère de l’Immigration et des communautés culturelles produit enfin des données sexo-différenciées sur l’immigration qui permettent de mieux mesurer la présence et la situation des immigrantes nouvellement arrivées. Le Conseil des relations interculturelles(6) s’est penché sur la situation des femmes immigrantes au plan de la participation civique. Pourtant toutes ces données n’ont pas encore conduit à des mesures concrètes qui s’avèrent plus que jamais être d’ordre structurel.

À son tour, en 2006, le Conseil canadien pour les réfugiés a produit un outil sur l’approche à l’établissement basée sur le genre.(7) Le but de cet outil est de renforcer la capacité du secteur de l’établissement d’appliquer une analyse basée sur le genre dans les programmes et services du secteur d’établissement. Cependant, le secteur communautaire de l’immigration y est peu sensibilisé et n’a pas les moyens nécessaires pour revoir la mise en œuvre de ses projets en tenant compte d’une situation différenciée selon les sexes étant donné les critères établis par les bailleurs de fonds. Dans son rapport, la Commission Bouchard-Taylor(8) a relevé la situation alarmante des femmes immigrées et a recommandé des mesures spécifiques, notamment en matière de financement, d’analyse intersectionnelle et de recherche.

La 10e recommandation d’un Avis récent du Conseil supérieur de la langue française insiste sur la nécessité de favoriser la francisation et l’intégration de toutes les femmes immigrantes, notamment de celles qui demeurent au foyer et qui sont isolées.

À la lumière de ce bref survol, il devenait donc plus qu’urgent que la Table de concertation des organismes au service des personnes réfugiées et immigrantes se penche sur la question afin de soutenir et de mieux outiller l’ensemble des acteurs communautaires, ainsi que les acteurs institutionnels concernés par la problématique des femmes immigrées et racisées.

Notes

1 L’auteure est responsable du projet
2 Le projet bénéficie pour l’instant du soutien financier du ministère de l’Immigration et des Communautés culturelles.
3 Selon les données statistiques de 2001, en 1993, la population immigrante féminine représentait 25% de l’immigration totale au Québec, alors qu’aujourd’hui, elle représente près de 52%.
4 Les auteures sont : Andrée Côté, Michèle Kérisit et Marie-Louise Côté.
5 Des nouvelles d’elles – Les femmes immigrées du Québec – Document d’information, novembre 2005, No. 205-09-I, 104 p.
6 Mémoire, L’approche intégrée vers l’égalité : quelle place pour les femmes immigrantes? – février 2005.
7 Approche à l’établissement basée sur le genre, Un projet du Conseil canadien pour les réfugiés, janvier 2006, disponible en ligne: www.ccrweb.ca/ABGRessource.pdf
8 Commission de consultation sur les pratiques d’accommodement reliées aux différences culturelles (CCPARDC), Fonder l’avenir, Le temps de la conciliation, 2008, pp. 228 à 230, disponible en ligne: www.accommodements.qc.ca/documentation/rapports/rapport-final-integral-fr.pdf