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Pour le dialogue, contre les polarisations : des femmes de 12 pays redéfinissent les solidarités féministes

Alors qu’au Québec et par lettres ouvertes interposées, les femmes se disputent sur la légitimité de la nouvelle présidente élue à la Fédération des Femmes du Québec, illustrant une nouvelle fois les ruptures au sein du tissu social des femmes du Québec, plus de 600 femmes étaient en dialogue sur les questions concernant les femmes et les féminismes dans douze pays du sud et du nord. Et une centaine d’entre elles se réunissaient du 26 au 29 novembre 2017 à Montréal, pour continuer et renforcer les dialogues amorcés dans chaque société.

Le projet de recherche action médiation Femmes et féminismes en dialogue, a démarré au Québec en 2016. Réunissant des femmes, de différentes origines, générations, confessions religieuses, cultures, groupes sociaux et idéologies, il avait permis la mise à plat des tensions entre femmes, autour de la religion, de l’identité québécoise ou encore de la définition même du féminisme, mais aussi la déconstruction des préjugés respectifs et finalement la mise en œuvre d’une communication et de liens renouvelés autour de revendications partagées comme le droit à l’éducation et la lutte contre la violence et contre l’appauvrissement des femmes. L’Équipe québécoise a ensuite continué le projet en favorisant sa multiplication dans des groupes de femmes en Allemagne, en Argentine, au Bénin, en Bolivie, en Côte d’Ivoire, en France, à Madagascar, au Maroc, au Paraguay, en Suisse et en Tunisie.

Les sujets de tension entre femmes étaient nombreux et diversifiés selon les sociétés, on y retrouvait les questions de religion-laïcité, la place des femmes immigrantes et de minorités ethniques  et pour certaines le questionnement sur le féminisme, mais aussi des thématiques spécifiques à chaque société comme le droit à l’avortement, la situation des femmes paysannes, les questions concernant les femmes et les communautés autochtones, la place des femmes en situation de handicap, le droit à l’eau et à la terre, l’héritage, la reconnaissance de leur participation aux luttes nationales et bien d’autres encore!  Le forum international de dialogue a duré deux journées et a été suivi de deux jours de colloque public​ avec une quarantaine de conférencier-e-s de milieux universitaires, féministes, communautaires, citoyens, institutionnels ou militants. Au cours de ces journées, les femmes se sont rencontrées, ont mis en œuvre des processus de médiation et de communication interculturelle et ont vécu des expériences intersectionnelles croisant les diverses facettes de leurs identités, de leurs différences, de leurs difficultés et de leurs oppressions. Plutôt que de parler sur l’intersectionnalité, en se polarisant pour ou contre, elles l’ont vécue, ont développé de nouvelles solidarités et se sont réunies dans une déclaration commune qui va être diffusée dans chacune de leur société et dont voici les éléments clés.

« Nous sommes des femmes d’ici et d’ailleurs, nous sommes des femmes fortes, féministes, nous sommes des femmes résistantes, nous sommes des femmes militantes, activistes et femmes de paix, nous sommes des femmes de différentes positions et générations, nous sommes des femmes différentes et égales entre nous, nous sommes des femmes migrantes, femmes des premières nations, femmes courageuses et jamais résignées.

​Avec nos différences, nos forces, notre multiplicité, nos itinéraires personnels et collectifs, nous décidons d’être solidaires pour surmonter les difficultés et lutter contre les oppressions vécues par les femmes dans le monde.

Nous affirmons être solidaires pour amener des transformations, dans chacun de nos pays et au niveau international, des lois, des structures, des institutions, des mentalités, des pratiques, des droits et des moyens pour y accéder.

​Nous sommes les forces vives de nos sociétés et nous voulons lutter contre toutes les discriminations, toutes les violences (institutionnelles, sociales, sexuelles, domestiques et tout trafic des personnes), toutes les inégalités liées aux rapports Nord-Sud, liées aux différences entre le monde rural et le monde urbain, contre la pauvreté, contre les inégalités liées aux situations de handicap et de marginalisation, contre l’instrumentalisation du corps des femmes et contre tous les racismes.

Nous sommes solidaires pour lutter pour l’accès de toutes les femmes aux droits politiques, économiques, environnementaux, aux droits à la liberté de religion, à la santé, à l’éducation, à la propriété de la terre, à la libre détermination sexuelle et aux droits reproductifs incluant le droit à l’avortement.

​Nous revendiquons ces droits au nom des femmes de par le monde et nous sommons nos gouvernements respectifs et les institutions internationales de transformer les structures et les lois et de veiller à leur mise en application pour développer la justice sociale, et pour garantir notre sécurité, à nous les femmes, nos enfants et nos communautés.

​Nous nous opposons aux inégalités imposées par le patriarcat, le racisme, le colonialisme, l’impérialisme et toutes formes d’exploitations.

Et nous, les femmes, déclarons solidairement lutter pour que cessent les guerres qui dévastent les femmes, les familles, les communautés et notre planète. Et pour cela, nous exigeons qu’enfin cesse le commerce des armes et revendiquons le droit de bien vivre ensemble, sans violence. »

Les femmes en dialogue dans ces onze pays démontrent ainsi que des dialogues non seulement demeurent possibles mais sont indispensables pour mettre en œuvre de nouvelles solidarités et des améliorations dans les conditions de vie des femmes. Les conditions de ces dialogues reposent sur la volonté des participantes mais aussi sur les structures sociales qui en permettent l’instauration. On le sait, les plus puissants ont souvent comme stratégie de diviser pour mieux régner! On peut comprendre ainsi les fractures actuelles dans les mouvements des femmes et la difficulté à se rassembler pour des causes communes. Malheureusement cette stratégie est souvent relayée par les médias qui donnent plus de place aux ruptures, aux tensions, aux déchirures et aux haines qu’aux tentatives de dialogue et de rapprochement, peut-être moins attrayantes pour le public mais tellement plus constructives pour leurs actrices et pour toutes nos sociétés.

En faisant cette déclaration de solidarité, les femmes en dialogue sont aussi porteuses d’espoir en ce début d’année 2018, pour les femmes, pour les mouvements des femmes mais aussi pour l’ensemble de nos groupes et mouvements sociaux et citoyens.

Par Michèle Vatz Laaroussi, et les femmes du projet Femmes et féminismes en dialogue

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