Secteur Revue Relations

DOSSIER : Sortir du «choc des civilisations»

Sans détourner la COP21, les voix pour la justice climatique ne se feront pas entendre

Par : Maxime Combes

L’auteur, économiste et militant d’Attac France, est l’auteur de Sortons de l’âge des fossiles ! Manifeste pour la transition (Seuil, 2015)
 
 
La COP21 organisée à l’aéroport du Bourget, près de Paris, ne sauvera pas le climat. Les contributions volontaires que les États sont en train de dévoiler conduisent à un réchauffement climatique supérieur à 3°C d’ici la fin du siècle. Les négociateurs et commentateurs qui s’en satisfont, comme d’un premier pas, entérinent un crime climatique[1] : tout retard pris n’est pas acceptable, car il contribue à accumuler pour des dizaines d’années des masses considérables de gaz à effet de serre dans l’atmosphère, générant le chaos climatique tant redouté.
 
Au regard de ce qui est aujourd’hui sur la table des négociations, s’il doit y avoir un accord à Paris – et il est vraisemblable qu’il y en ait un –, il ne sera pas à la hauteur des enjeux. Par manque de financement et absence de reconnaissance de la dette écologique accumulée par les populations riches, il ne sera pas juste, non plus. Enfin, il ne sera pas contraignant. Par contre, un florilège de « fausses solutions », qui font perdre du temps et des ressources, se déploient dans l’arène climatique, sous l’action de multinationales et de lobbies privés soucieux de préserver leur puissance.
 
Quitter les COP ?
Il est tentant de conclure de ce tableau qu’il faudrait tout simplement abandonner le terrain de l’ONU. D’autant plus que les mouvements sociaux et écologistes sont le plus souvent confinés à un rôle de spectateur. Certains considèrent d’ailleurs qu’il n’y a rien à faire dans ces négociations ; pire, qu’en continuant d’y assister, on ne fait que légitimer un espace et des procédures de gouvernance du climat qui désarment les voix critiques et font perdurer un modèle économique international insoutenable, aÌ? l’origine même de la crise climatique.
 
Ces critiques ne sont pas infondées. Néanmoins, déserter l’ONU laisserait le champ libre aÌ? ceux et celles qui ambitionnent d’étendre l’emprise des multinationales, de la finance et des technosciences sur le climat. Se retirer de l’ONU cautionnerait cette emprise croissante du secteur privé alors que les mouvements sociaux et écologistes clament depuis des années vouloir reprendre la main sur une instance supposée incarner les intérêts des populations, ceux des « peuples des Nations unies », selon le préambule de la Charte des Nations unies. Ce sont d’ailleurs des forces conservatrices et néolibérales qui restreignent les capacités de l’ONU à imposer des régulations internationales contraignantes. Elles se battent pour qu’aucune contrainte ne pèse sur les multinationales, tout en refusant que le droit de l’environnement puisse un jour prévaloir sur le droit du commerce et de l’investissement. Au sein des négociations sur le changement climatique, ces mêmes forces ont obtenu une victoire probante : les États déterminent de façon unilatérale et autonome, sans contrainte, leur contribution, là où les négociations du protocole de Kyoto avaient assigné des objectifs chiffrés à chacun d’eux.
 
Subvertir la COP21
Que faire donc ? Entre les deux mauvaises solutions que sont d’avoir de grands espoirs vis-à-vis de la COP21 et d’abandonner l’ONU parce qu’elle n’est pas à la hauteur des enjeux, le chemin à emprunter est étroit. Tout en continuant de se battre au sein de l’ONU pour éviter le pire, les mouvements sociaux et écologistes doivent se servir de la COP21 comme d’une caisse de résonance des luttes pour la justice climatique, celles qui peuvent permettre de transformer durablement le rapport de force en faveur d’une transition écologique et sociale d’ampleur. C’est au nom de l’urgence climatique qu’il faut cesser de se concentrer sur les négociations. Au contraire, nous proposons d’utiliser ce rendez-vous pour décentrer l’attention et imposer notre propre ordre du jour. De nombreuses batailles-clés pour le climat sont gagnables, comme celles contre les traités de libre-échange, et elles ne se jouent pas nécessairement à l’ONU. L’idée est donc de renforcer les luttes et les propositions offensives et transformatrices que les mouvements comme Blockadia, Alternatiba, Divest, portent et incarnent.
 
Et si les mouvements sociaux et écologistes devenaient prescripteurs d’opinion en dictant le dernier mot lors de la COP21 ? Quittons le rôle de spectateurs auquel nous sommes généralement confinés, pour devenir acteurs en organisant des mobilisations et des actions de masse à la fin des négociations. Piratons donc la COP21, pour ne plus jamais rien lâcher !

 


[1]Voir l’appel « Crimes Climatiques Stop » : <crimesclimatiquesstop.org>.