Secteur Revue Relations

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Relations no 750
août 2011


Du même auteur

Relations au féminin

Relations au féminin

Par : Ginette Boyer

Cahier des chroniques du 70e anniversaire

L’auteure a été la première femme à intégrer le comité de rédaction

Septembre 1979. Le directeur de la revue, Albert Beaudry, jésuite, m’accueille à la Maison Bellarmin. Laïque. Jeune. En couple. Femme. Ouvertement féministe… Je suis difficilement consciente de ce que ma seule présence dans l’équipe de rédaction pourra générer, mais résolue à relever le défi.

Octobre 1979. Je me souviendrai toujours du colloque de la FTQ « Une double exploitation, une seule lutte ». Voilà cinq jours que, sous l’inlassable supervision d’Irénée Desrochers, j’apprends littéralement à écrire à la jésuite, c’est-à-dire en sculptant l’argumentaire pour déjouer nos pires ennemis! Une éternité à réécrire un texte de trois pages. Mon premier article!

Mars 1980. Grosse réunion du comité de rédaction. Ça discute fort du référendum sur l’avenir du Québec. Ou de l’expropriation abusive des terres à Mirabel. De la controversée déclaration de l’Assemblée des évêques du Québec sur l’avortement. Du régime de terreur en Haïti. De l’exploitation forestière en Abitibi. De la théologie de la libération en Amérique latine. Nous passons ensemble à travers une pile d’articles. Invariablement, Guy Paiement, Julien Harvey ou Karl Lévêque diront d’un premier article que « c’est vraiment un très bon texte… », ce qui ne nous empêchera pas d’en discuter au moins une heure, tandis que nous disposerons d’un autre, disons… « ordinaire », en cinq minutes.

Juin 1981. Margot, Carolyn, Gisèle, Lucie, Réjeanne, Kate, Francine, Marie-Andrée, Monique[1]… voudrais-tu m’accorder une entrevue, écrire un article, participer à un panel, me donner la référence du dernier livre de Letty Russel sur la théologie féministe de la libération?

De temps à autre, néanmoins…

– Bonjour Monsieur.

– Bonjour Madame.

– Merci pour votre article. J’en ai pris connaissance et c’est très intéressant, mais un peu trop long. J’aurais quelques suggestions à vous faire pour abréger le texte. J’ai aussi une ou deux questions de clarification.

– Vous êtes la secrétaire de la revue?

– [Grande respiration.] Non, je suis membre du comité de rédaction.

Avril 1983. Retour progressif de congé de maternité. Qui aurait cru qu’une femme qui allaite participerait un jour à un comité de rédaction de la revue Relations?

Il est 14 h 30. Albert et moi revenons de l’imprimerie où nous avons donné le OK final pour le prochain numéro. Comme chaque mois, nous profitons de l’euphorie qui nous gagne – le mot n’est pas trop fort – pour « brainstormer » sur des thèmes des prochains numéros et pour lancer quelques idées folles que nous réussirons parfois à réaliser, comme les Soirées Relations.

Février 1985. Nouveau congé de maternité. Retour aux études. D’autres défis m’attendent.

C’est bien au cœur de la vie quotidienne de la revue que je suis devenue la première femme à joindre l’équipe de rédaction de Relations. Discuter de vote stratégique avec Irénée, à l’approche d’une élection. Écouter Karl raconter sa fin de semaine dans la diaspora haïtienne de New York. Apprendre l’art de faire avancer une idée avec Albert. Partager aussi mes propres dadas : femmes, travail, maternité, pauvreté. Sans compter tout ce qui touche de près ou de loin la place des femmes dans l’Église.

Ce matin de septembre 1979, ce n’est pas seulement une femme qui a entrouvert la porte de Relations. C’est L’autre Parole, Femmes et ministères et tout le mouvement des femmes à la fois. Ce sont elles qui ont modifié peu à peu le contenu de chaque numéro pour y inscrire plus profondément mille et une facettes de la vie des femmes, qu’il s’agisse de travail, de politiques publiques ou de religion. Ce sont leurs prises de parole, leurs démarches d’appropriation du pouvoir d’écrire que nous célébrons.

C’est désormais avec nos filles que nous prendrons le temps de faire au moins trois bonnes versions de nos textes sur l’avenir des femmes dans la revue Relations et ailleurs…



[1] Il s’agit de Margot Power, Carolyn Sharp, Gisèle Turcot, Lucie Bélanger, Réjeanne Martin, Kate Bulman, Francine Tardif, Marie-Andrée Roy et Monique Dumais.