Secteur Revue Relations

DOSSIER : L'amour du monde - socle de toute résistance

Québec, tu négliges un trésor! – Dominique Boisvert

Par : Gregory Baum

Dans ce livre, Dominique Boisvert exprime de façon éloquente ce que pensent bien des catholiques sans jamais le dire à leurs amis non-croyants : les Québécois et les Québécoises qui, réagissant contre la domination culturelle du clergé ont rejeté l’Église catholique, ont jeté le bébé avec l’eau du bain. Ils ont oublié le message de Jésus véhiculé par cette Église, l’amour, la liberté et la solidarité sans frontières, même si – et l’auteur le rappelle – elle le masquait sous d’innombrables règles morales et commandements ecclésiastiques auxquels il fallait se soumettre. Même plusieurs non croyants reconnaissent aujourd’hui – je pense, par exemple, aux personnes interviewées dans le documentaire L’heureux naufrage – que le rejet du catholicisme a conduit la société à un vide spirituel et à une absence de valeurs communes, laissant chacun chercher son intérêt personnel.
 
Boisvert montre qu’au moment de la Révolution tranquille, les valeurs sociales-démocrates prennent le dessus sur les valeurs conservatrices au sein de la société québécoise, la grande majorité de la population travaillant ensemble pour bâtir un Québec plus libre, plus égalitaire et plus juste. Mais ces valeurs communes étaient fragiles, incapables de résister à l’influence du capitalisme globalisé, favorisant l’hyper-individualisme et l’esprit de compétition. Deux ou trois décennies après la Révolution tranquille, nous dit l’auteur, la majorité de la population ne parlait déjà plus de la société comme d’un projet commun ; c’était plutôt chacun pour soi. Remarquant l’absence de valeurs communes, certains observateurs critiques ont commencé à parler du vide spirituel de la société. Ainsi, pour Boisvert, la plupart des gens ne savent plus quel est le sens de leur vie ; ils ne se sentent plus guidés par des valeurs transcendantes ; ils ne connaissent que la lutte quotidienne pour gagner leur vie et réussir dans leur métier.
 
Boisvert ne demande pas aux Québécois et aux Québécoises de revenir à l’Église catholique. Il les invite plutôt à prêter attention au message de Jésus et à ouvrir leur cœur et leur esprit à l’amour. Une telle attitude, dit-il, aura un effet sur leur vie personnelle et sur la société. En se mettant au service des autres, on trouve le bonheur sans l’avoir cherché. Boisvert décrit de façon admirable comment l’amour et la solidarité tels qu’annoncés et pratiqués par Jésus transforment la vie humaine, lui donnent un sens et une orientation, et poussent à s’engager socialement en faveur des pauvres, des marginalisés et des méprisés. Il livre ici le témoignage d’un catholique non conformiste, prêt à suivre sa propre conscience : il parle de ce que l’Évangile signifie dans sa propre vie et décrit les engagements sociaux auxquels il s’est senti appelé, en Afrique et au Québec.
 
Selon l’auteur, l’Évangile se résume à l’amour. J’ajouterais que l’Évangile est aussi la lumière qui nous fait voir le monde de façon nouvelle en y discernant la présence de Dieu.

Dominique Boisvert
Québec, tu négliges un trésor
Montréal, Novalis, 2015, 111 p.