Secteur Revue Relations

DOSSIER : L'amour du monde - socle de toute résistance

Que retenir du Synode sur la famille ?

Par : Marie-Andrée Roy

L’auteure est professeure au Département de sciences des religions de l’UQAM

Ce synode se caractérise, entre autres, par une approche pastorale sur le couple et la famille et par un cul-de-sac doctrinal.

Le Synode sur la famille, qui s’est déroulé en deux temps, du 5 au 19 octobre 2014 et du 4 au 25 octobre 2015, traduit l’importance que le pape François accorde à la famille d’aujourd’hui et la nécessité d’un aggiornamento du discours catholique sur les réalités familiales. Les attentes étaient énormes, le résultat est mitigé.
 
Les Églises nationales ont été consultées deux fois plutôt qu’une et les évêques – « pères synodaux » – ont été invités à parler plus librement dans l’enceinte du synode pour exercer en solidarité leur discernement, les échanges étant facilités dès le départ par l’organisation de groupes de travail linguistiques. Cette plus grande liberté dans le fonctionnement est à souligner, mais reste que la tenue d’un synode en la quasi-absence des principaux intéressés, les couples et les familles, traduit éloquemment le caractère clérical et centralisateur de l’Église et son incapacité à faire corps avec le Peuple de Dieu – l’ensemble des baptisés. Les pratiques de collégialité de certaines Églises protestantes ne pourraient-elles pas inspirer avantageusement le monde catholique ?
 
Par ailleurs, François a réaffirmé l’importance d’avoir une attitude pastorale faite de compassion, de miséricorde et de pardon pour accueillir les différentes réalités des couples et des familles d’aujourd’hui. Les pères synodaux ont salué la « beauté de la famille » et reconnu son rôle phare dans le monde actuel, particulièrement quand elle s’applique à vivre en fidélité avec l’Évangile. Ils ont développé une meilleure connaissance des multiples défis que les familles ont à relever dans un monde en constant bouleversement. Ils ont ainsi vu la nécessité d’offrir une meilleure préparation au mariage et un accompagnement pastoral plus soutenu aux jeunes couples… avec des prêtres mieux formés pour ce rôle ! Ils ont compris que « l’émancipation féminine requiert de repenser les devoirs des époux dans leur réciprocité ». Ils ont réaffirmé l’importance de mieux reconnaître la place des femmes dans l’Église, mais ils ont malheureusement fait la sourde oreille à l’invitation de l’évêque de Gatineau, Mgr Durocher, d’ouvrir le diaconat aux femmes. Fait nouveau, ils ont reconnu que les unions libres peuvent comporter des éléments positifs permettant une « croissance humaine et spirituelle », mais le document final est resté silencieux sur la reconnaissance des unions des personnes de même sexe.
 
Le synode, toutefois, a aussi été le théâtre d’un cul-de-sac doctrinal. Dès le début de la rencontre, le pape François a rappelé l’indissolubilité du mariage et l’interdit du divorce, tentant ainsi d’apaiser les appréhensions de l’aile conservatrice. Par ailleurs, quelques semaines plus tôt, il s’était montré ouvert à l’idée de faciliter les procédures en annulation de mariage et avait affirmé avec conviction que les catholiques divorcés-remariés sont bel et bien dans l’Église. L’année dernière, le cardinal Kasper avait proposé, pour les couples divorcés-remariés, une rigoureuse démarche pénitentielle de conversion accompagnée par un prêtre pour leur permettre éventuellement de pouvoir communier de nouveau. Le document final, sans ouvrir ni fermer de portes, ne retient pas explicitement cette voie et se contente de dire qu’une « réflexion sincère pour renforcer la confiance en la miséricorde de Dieu ne doit être refusée à personne ».
 
L’Église semble ainsi incapable de tenir, pour notre temps, un discours de guérison et de réconciliation pour les échecs matrimoniaux. Aucune des solutions envisagées ne paraît d’ailleurs satisfaisante pour la majorité des catholiques. Une question demeure : comment se fait-il que l’Église soit parvenue à accueillir sans drame à la table eucharistique les prêtres qui ont quitté le sacerdoce – un sacrement indissoluble – et qui se sont mariés religieusement alors qu’elle est incapable de faire de même pour les divorcés remariés ? N’est-ce pas là appliquer une règle de deux poids, deux mesures selon qu’on est clerc ou laïc ?
 
Les 94 articles du rapport final ont été votés avec une majorité des deux tiers, mais les plus controversés ont été très dilués. Il est à espérer que le « document sur la famille » que le pape doit préparer à l’issue du Synode fasse une place plus tangible à la miséricorde évangélique.