Secteur Revue Relations

DOSSIER : Le temps de l'enfance

Le temps de l'enfance

Relations no 719
septembre 2007


Les Centres de la petite enfance

Par : Nathalie Bigras

L’auteure est professeure au Département d’éducation et pédagogie de l’Université du Québec à Montréal

En 1996, le gouvernement du Québec adoptait une politique familiale qui entraînait de profonds changements dans l’offre des services à la famille. Cette politique prévoyait la mise en place progressive de trois dispositions majeures : une nouvelle allocation familiale, un nouveau régime d’assurance parentale et le développement des services éducatifs et de garde à la petite enfance. Les deux premières dispositions étaient destinées à offrir aux parents un soutien économique afin qu’ils puissent mieux s’acquitter de leurs responsabilités. La troisième disposition se traduisait par une modification importante du domaine de l’éducation préscolaire et de la petite enfance – dont la fréquentation de la maternelle à temps plein pour les enfants de cinq ans. Dans le cadre de cette politique, le ministère de l’Éducation prévoyait aussi, pour les enfants de quatre ans issus de milieux plus démunis ou ayant des besoins spéciaux, des maternelles à demi temps ou des services éducatifs spécifiques.

Au 30 décembre 2006, le réseau des services de garde comptait 202 487 places – alors que le Québec dénombre 449 531 enfants âgés de 0 à 5 ans. Ces services se sont développés progressivement au fil des dernières décennies. La Loi sur les centres de la petite enfance et autres services de garde à l’enfance impliquait que les garderies et les agences de garde en milieu familial se convertissent en Centres de la petite enfance (CPE) offrant des places à 5 $ (tarif augmenté à 7 $ en 2004). Conformément à la volonté gouvernementale d’offrir des services diversifiés aux parents, tout CPE devait alors fournir deux types de services de garde aux familles : un volet en milieu familial et un volet en installation (anciennement désigné par le terme garderie). Cette diversification des services offerts visait à permettre aux parents de choisir le mode qui répondait le mieux à leurs valeurs et à leurs besoins en matière de conciliation famille/travail.

Cette mesure fut si populaire qu’on assiste à une pénurie de places dans plusieurs régions du Québec. Les CPE s’activent alors à créer de nouvelles installations ou à accréditer des milieux familiaux. Le développement de l’ensemble des services de garde connaît une poussée considérable. Sur une période de huit ans – soit de 1998 à 2006 – le nombre de places disponibles est passé de 82 302 à 202 487. Il a fallu plus de 25 ans pour créer les 80 000 premières places en services de garde et en seulement huit ans, ce nombre a été accru de 150 %. Tout ceci a constitué un investissement majeur puisque le montant octroyé pour les services de garde est passé de 203,8 millions de dollars en 1995 à 1,8 milliard en 2003.

En décembre 2005, toutefois, le gouvernement libéral réorganise les services de garde québécois. En conséquence, depuis l’été 2006, seulement un certain nombre de CPE sont autorisés à coordonner les services de garde en milieu familial. Ces CPE sont agréés à titre de bureaux coordonnateurs et un plus grand nombre de milieux familiaux sont regroupés sous leur égide. Tous les autres CPE n’offrent plus qu’un type de service de garde – soit en installation. L’offre de services de garde est désormais composée de places en installation (CPE), de places en milieu familial (CPE agréés par les bureaux coordonnateurs) et de places en garderies à but lucratif. À cette modification des responsabilités des CPE, se sont ajoutées des coupures budgétaires ayant souvent pour effet d’éliminer des postes dédiés à l’encadrement pédagogique du personnel éducateur. Ces récents changements soulèvent des préoccupations, notamment en regard de leurs impacts sur la qualité des services et sur le développement des enfants.