Secteur Revue Relations

DOSSIER : La force de l'indignation

La source de mon engagement

Par : Sarita Ahooja

L’auteure est militante de la Convergence des luttes anti-capitalistes 2000 et 2010, de Solidarité sans frontières et de Personne n’est illégal

À l’adolescence, je rêvais de faire partie d’un mouvement de libération populaire, de quelque chose de plus grand que moi où je pourrais défier le statu quo, m’attaquer aux injustices du monde et aider à l’émancipation des opprimés. Mon engagement pour le changement social a commencé par un désir qui est devenu une passion pour les projets qui visaient à rehausser l’estime des plus pauvres, des marginalisés et des exclus, et à contribuer à leur autonomie. C’est l’indignation qui m’a poussée à agir. J’ai commencé à rechercher des expériences qui me rapprocheraient de ces réalités. Après l’université, j’ai rejoint le Projet Accompagnement Québec-Guatemala. J’ai passé neuf mois à accompagner des communautés mayas et paysannes qui rentraient au Guatemala… après quinze ans d’exil. En trente-six ans, une guerre impitoyable avait fauché plus de 200 000 vies, et plus de 50 000 personnes étaient portées disparues. La signature des Accords de paix entre le mouvement de résistance armée et le gouvernement, en 1995-1996, avait inauguré une ère de politiques néolibérales qui ont contribué à perpétuer l’oppression que le peuple avait tant combattue. C’est alors que j’ai été témoin de l’humble courage des femmes, hommes et enfants qui s’organisent pour reconstruire leur vie à partir de rien. C’est dans ces communautés que j’ai pour la première fois ressenti la puissance de la ténacité et la résilience de l’autodétermination – là, j’ai fait le choix conscient de participer à la lutte pour la décolonisation des Amériques.

Comme bien d’autres de ma génération, j’ai ensuite été profondément inspirée par les Zapatistes et par les mouvements autonomes mexicains qui ont redonné naissance au grand projet politique de défier l’esclavage et la conquête. Leur message redéfinissait la lutte, la justice et la dignité pour toutes les personnes sans parti politique. J’ai participé à plusieurs projets d’observation des droits humains au Chiapas. Je me suis familiarisée avec les longues et exigeantes heures de délibérations des assemblées générales, qui sont l’épine dorsale des mouvements de résistance. J’ai passé presque trois ans là-bas, travaillant pour les réseaux de soutien zapatistes et divers projets de promotion des droits des Autochtones. J’étais présente lors de la grève générale des étudiants de l’Université nationale autonome du Mexique, en 1999, qui a duré près de 300 jours contre une hausse drastique des droits de scolarité et qui a galvanisé toute une génération de jeunes afin qu’ils prennent leur destin en main.

En 2000, j’ai passé du temps avec la Coordinadora Arauco-Malleco (CAM), au Chili, où les communautés mapuche réclament avec audace leurs terres volées par des compagnies forestières sous le régime Pinochet. Leurs actions directes étaient guidées par la volonté de reconstruire un mode de vie fondé sur l’autosuffisance et la protection du territoire. L’indignation d’une génération de jeunes rejetant ouvertement le capitalisme et ses plaisirs illusoires pour bâtir un mouvement de résistance à l’arsenal de répression étatique m’a profondément marquée. Peu de temps après, j’ai été témoin des efforts collectifs pour tisser la trame d’une nouvelle société, à Cochabamba, en Bolivie. Là, les communautés quechua, les syndicats et le mouvement de la jeunesse ont défié et vaincu le gouvernement qui voulait privatiser l’eau, et mis à la porte la multinationale Bechtel. La population a pris le contrôle sur sa vie – pas seulement sur l’eau, mais sur la vie politique en général.

À mon retour à la maison, j’ai rejoint le mouvement de solidarité avec les communautés autochtones du Québec et du Canada pour faire valoir leurs droits ancestraux et leur droit à l’autodétermination face aux brutales dépossessions dont ils sont l’objet dans un système capitaliste enraciné dans un territoire volé aux Premières Nations. Je suis montée au front avec les communautés de Kanesatake, de Grassy Narrows et de Six Nations. 

L’indignation reste toujours le moteur de mon action au sein de la mobilisation anarchiste, notamment dans Personne n’est illégal (No One Is Illegal-Montreal) où je suis actuellement engagée. Ses militants anti-autoritaires de la zone urbaine s’identifient au mouvement mondial de résistance qui lutte pour l’autodétermination des peuples, la fin du racisme, des frontières, des contrôles, des déplacements forcés. Ils défendent le droit des personnes à la libre circulation et à une vie digne. Ainsi, j’ai choisi de consacrer ma vie à tout ce qui peut encourager l’auto-organisation et le bien-être personnel et collectif, ce qui peut redonner confiance en nos capacités d’agir.