Secteur Revue Relations

DOSSIER : La retraite: une responsabilité collective

Hymnes à la beauté du monde; Regards critiques sur la consommation; Changer la société. Essai sur l’échec en cours – André Beauchamp

Par : Anne-Marie Aitken

La conversion écologique

À travers cette trilogie, André Beauchamp nous livre de manière concise et pédagogique son expérience de vie et sa réflexion appuyée sur des références à de nombreux auteurs contemporains dans des domaines très divers. Son souci est de nous appeler à une conversion écologique parce que notre rapport à la Terre est devenu inadéquat. Nous, les humains, risquons de mettre fin à l’aventure humaine; il nous faut prendre une autre route. Cette transformation de nos modes de vie nous invite à une transformation intérieure profonde. Ce qui nous est proposé ici est une nouvelle vision qui allie de manière indissociable les dimensions matérielle, économique, culturelle, politique et spirituelle de nos existences personnelle et collective. C’est là toute la richesse de cette synthèse.
 
Tout en respectant « la juste autonomie des réalités terrestres » dont parlait le concile Vatican II, André Beauchamp ne cache pas son affiliation au christianisme. Il fait de nombreuses références à la Bible et à la tradition judéo-chrétienne, sans pour autant l’imposer. Tout en s’adressant à tous, il lance un appel particulier aux chrétiens et aux chrétiennes à être aux avant-postes de la conversion qu’il prône.
 
Chaque ouvrage de ce triptyque a sa coloration propre. Le premier est une invitation à prier et à s’émerveiller devant la beauté du monde qui nous est confié. Il demande peu de commentaires. Il suffit de le lire et de le méditer.
 
À travers de courts chapitres, le deuxième part d’exemples très concrets, incite à agir, à changer nos modes de vie, nos manières de consommer, notre rapport au temps, au crédit, à l’auto, au cellulaire, etc., pour retrouver la joie de vivre sans se laisser engluer dans les choses.
 
Le troisième livre offre des pistes de réflexion plus poussées pour changer la société sur le long terme, car la conversion ne s’opèrera pas en quelques années seulement. Cette approche est davantage philosophique et demande une lecture plus attentive. Pour aider à prendre du recul par rapport à la situation actuelle et pour comprendre pourquoi nous en sommes arrivés là, André Beauchamp choisit d’y expliciter quelques concepts : « le développement durable », « la loi naturelle », « la violence sacrificielle ». Il montre que le processus de développement durable ne peut advenir sans la poursuite de l’équité et de la justice, sans allier le développement économique au développement humain. Cela suppose de cesser de percevoir la nature comme une banque de ressources pour reconnaître que nous sommes dans une relation d’alliance avec la Terre, dont nous faisons partie. À l’avenir, c’est probablement la décroissance durable qui sera une nouvelle approche dans un univers sans cesse en mouvement. La critique de la notion de « loi naturelle » est par ailleurs très éclairante. Après l’avoir resituée dans l’histoire, il en dévoile les limites lorsqu’il s’agit de construire une éthique de l’environnement qui soit un retour à la nature sans revenir à une morale de la nature, et sans faire fi des Lumières. Allons-nous vers une nouvelle violence sacrificielle qui nous libèrera de notre culpabilité envers la Terre-mère?
 
Voilà trois ouvrages qui nous encouragent à prendre part dans les changements à opérer, sans pessimisme ou naïveté, mais en assumant notre responsabilité de citoyen de la planète de manière plus éclairée.

André Beauchamp
Hymnes à la beauté du monde, Montréal, Novalis, 2012, 70 p.
Regards critiques sur la consommation, Montréal, Novalis, 2012, 95 p.
Changer la société. Essai sur l’échec en cours, Montréal, Novalis, 2013, 172 p.