Secteur Revue Relations

DOSSIER : La retraite: une responsabilité collective

Honduras : l’oligarchie consolide son pouvoir

Par : Raul Burbano

L’auteur, directeur de programme à Common Frontiers, a dirigé une mission d’observation des dernières élections au Honduras

Les élections frauduleuses de novembre 2013 et la prolifération de la corruption, de la pauvreté et de la violence d’État servent les intérêts américains et canadiens.

Quatre ans ont passé depuis que le président démocratiquement élu du Honduras, Manuel Zelaya (Parti libéral), a été destitué lors du coup d’État mené en 2009 par les élites politiques et militaires. Cette rupture dans la gouvernance démocratique du pays a fait reculer celui-ci de plusieurs décennies. Aujourd’hui, les Honduriens traversent une crise économique et politique marquée par des violations des droits humains et faisant du Honduras un des pays les plus inégalitaires de la région, selon le Center for Economic and Policy Research.
 
L’oligarchie du pays, à l’origine de cette crise, a certes organisé des élections présidentielles le 24 novembre 2013, mais comme par le passé, elles ont été entachées par la violence d’État, la violation de droits humains, l’intimidation et la fraude. La plupart des observateurs indépendants ont condamné ces élections au terme desquelles, sans surprise, le Tribunal suprême électoral (TSE) a déclaré gagnant Juan Orlando Hernández, du Parti national, de droite. Le parti de gauche Liberté et Refondation (LIBRE) et le Parti anticorruption ont aussitôt rejeté et contesté ces résultats. LIBRE a présenté des preuves de fraudes électorales commises dans plus de 3500 bureaux de vote, une situation qui, si elle était corrigée, lui donnerait la majorité des votes. En dépit de cela, le TSE a refusé de faire un recomptage, même partiel, et a maintenu sa décision initiale.
 
C’est en réalité un coup d’État continu – un golpismo comme l’appellent les Honduriens – que vit le pays. La mise au pas des institutions, bien que lente, y a été aussi méthodique et systématique que le putsch lui-même. La mise à l’écart des juges qui s’étaient publiquement opposés au coup d’État, le rejet de jugements de la Cour suprême contre les villes-modèles gérées par le privé, la création de la Police militaire pour l’ordre public et la corruption de l’appareil d’État sont autant de manœuvres qui ont réduit le Honduras à un État sans règle de droit adéquate. L’oligarchie a démantelé tout ce qui s’apparentait à la démocratie institutionnelle et a imposé son programme de droite avec la militarisation et la privatisation.
 
Malgré toutes leurs lacunes, ces élections n’en étaient pas moins historiques parce que pour la première fois, des partis comme LIBRE étaient autorisés à proposer une alternative basée sur la consultation populaire, contestant de front le statu quo. Le monopole de deux partis (le national et le libéral) a aussi pris fin avec ces élections. LIBRE a obtenu 28 % des votes et 30 % des sièges au Congrès, un changement qui devrait à tout le moins favoriser la tenue de sérieux débats qui refléteront davantage la pluralité politique de la société hondurienne.
 
Lors de l’élection de 2009, le Front national de résistance populaire (FNRP), composé de mouvements et groupes sociaux, avait boycotté l’élection en raison de conditions jugées défavorables à la participation populaire. Cette fois, certaines sections du FNRP se sont remodelées à la faveur du travail fait par LIBRE pour canaliser les énergies des mouvements sociaux dans la voie électorale. Cela a toutefois été critiqué comme venant affaiblir les mouvements, permettant à la droite de consolider son pouvoir institutionnel. Le débat sur la stratégie à mener s’en trouve réouvert entre les partisans de la voie électorale et ceux qui appellent à des mobilisations de masse ancrées dans les luttes territoriales et locales, priorisant la transformation sociale par la lutte plutôt que les réformes.
 
Le gouvernement du Canada a refusé de tenir le gouvernement hondurien responsable de la violation des droits humains et de la démocratie. Il a, au contraire, profité de la détérioration de la situation pour accroître les investissements canadiens dans le pays. Ses échanges commerciaux avec le Honduras ont crû de 46 % entre 2007 et 2012. De plus, il a fourni une assistance technique au gouvernement de facto qui a remplacé celui de Zelaya pour l’aider à élaborer une nouvelle loi minière, adoptée par le Congrès en janvier 2013. On s’attend à ce que le gouvernement hondurien approuve 110 nouvelles demandes de concessions minières dans les prochains mois. Les compagnies minières canadiennes profiteront de ce régime corrompu. Dans le secteur des maquiladoras, des entreprises comme Gildan Activewear continuent par ailleurs d’accumuler d’énormes profits grâce aux bas salaires et aux lois et normes du travail déficientes qui rendent possible, par exemple, le congédiement de travailleurs souffrant de blessures incapacitantes causées par le travail.
 
Ainsi, avant le coup d’État, le Honduras s’affranchissait de plus en plus de toute dépendance à l’égard du Canada et des États-Unis. Aujourd’hui, le pays est de nouveau dans la mire des entreprises des deux pays. Les droits humains, les droits syndicaux et la démocratie ont été sacrifiés au profit de leurs intérêts.