Secteur Revue Relations

DOSSIER : La promesse du don

Hollywood et la politique – Claude Vaillancourt

Par : Sébastien Bage

Hollywood peut-il être subversif ?

 
Hollywood traîne la réputation d’être une industrie vouée à la production de marchandises culturelles de consommation rapide, d’abord destinées au divertissement innocent de ses myriades de spectateurs. Pourtant, le cinéma hollywoodien met souvent en scène des récits historiques de guerres, d’espionnage, de diplomatie, de luttes sociales et de crises humanitaires… On pourrait donc s’étonner, nous dit l’essayiste Claude Vaillancourt, que tant de films issus de cette usine à rêves abordent des sujets sociaux et politiques sérieux, et bien réels. Mais que disent les films hollywoodiens lorsqu’ils causent politique et société? Dans un style clair et avec une visée nettement pédagogique, cet ouvrage se donne pour tâche de proposer au lecteur un survol raisonné des différentes options idéologiques qu’empruntent les films concernés par la chose publique, dans un éventail allant de l’inénarrable conservatisme d’un Rocky IV à l’intransigeance critique de Silver City, en passant par l’ironie caustique de Bowling for Columbine. Le résultat de l’exercice est un essai qui encourage à voir et à revoir ces films, en nous interrogeant mieux sur ce qu’ils ont à nous dire, eux qui jouissent a fortiori d’un appareil de diffusion massive réputé pour son efficacité à disséminer les messages qu’ils colportent plus ou moins explicitement.
 
En deux chapitres offrant une présentation bien ramassée du mode de production hollywoodien d’hier et d’aujourd’hui, Claude Vaillancourt pose d’emblée que ces films sont produits dans un milieu où les impératifs de rentabilité commerciale ont un double effet : d’une part, ils restreignent tout élan de liberté artistique trop contestataire, mais ils peuvent, d’autre part, encourager l’originalité créative de certains auteurs, comme une promesse de renouvellement de l’offre commerciale. Entre ces deux pôles, les films étudiés par l’auteur seront donc rangés en trois grandes catégories : Le cinéma du statu quo, éminemment conservateur; le cinéma du questionnement, où les films dénoncent des travers ponctuels de la société, sans oser en pointer les causes plus fondamentales; et le cinéma subversif, petite minorité d’œuvres à la posture critique nettement plus courageuse et moins mitigée, florissant notamment dans le domaine du documentaire.
 
Dans un exposé qui ne prétend pas être systémique – et encore moins exhaustif – mais où abondent les exemples de films connus et moins connus, chacune de ces trois postures de base est raffinée en sous-catégories, dont les intitulés pourront parfois paraître étonnants à qui s’attendrait à ne voir traités que des films à sujets spécifiquement politiques. Par exemple, « le film catastrophe » (Armageddon, parmi d’autres) est présenté comme un avatar du cinéma du statu quo, où s’exprime le respect de l’ordre social établi; et « le charme discret de la banlieue » traite de certaines des caractéristiques du cinéma du questionnement dans un étrange quasi-genre rassemblant des films prenant pour décor ce chromo emblématique de l’American way of life qu’est la banlieue.
 
Ainsi, la question cardinale de cet essai – qui annonce qu’il « sera important de se limiter […] à des films qui abordent clairement des questions sociales et politiques » (p. 31-32) et qui pourrait se résumer à demander ce que dit Hollywood sur la politique et la société – s’inverse plusieurs fois au fil du propos pour devenir une interrogation quant à ce que l’on peut dire en termes politiques sur les films hollywoodiens, thématique peut-être plus classique dans les études sur le cinéma. Et si cette hésitation peut sembler trahir une légère difficulté à bien cerner l’objet de l’étude, on se dit aussi qu’Hollywood et la politique file tout au long de ses pages, du fait même de cette hésitation, une réflexion riche et vivante sur la définition de ce qu’il convient de considérer comme pertinemment politique dans l’art et la culture.

Claude Vaillancourt
Hollywood et la politique
Montréal, Écosociété, 2012, 164 p.