Secteur Revue Relations

DOSSIER : La retraite: une responsabilité collective

Difficilement évitable, le virage numérique s’impose et a ses avantages; il s’agit de faire les bons choix

Par : Michelle Monette

L’auteure est conseillère à l’information au Syndicat de professionnelles et professionnels du gouvernement du Québec
 
 
La première chose que j’ai faite pour pouvoir rédiger ce texte, hormis bien sûr d’y avoir réfléchi, c’est d’ouvrir mon logiciel de traitement de texte. Je me suis alors dit que la vaste majorité des textes publiés dans Relations sont sûrement écrits de manière similaire.
 
Cela m’a amenée à prendre conscience du fait que tout comme nous avons vécu le passage de la machine à écrire à l’ordinateur, au tournant des années 1990, nous expérimentons depuis quelques années le passage de la lecture sur support papier à celle sur support numérique. Comme à l’époque, des résistances bien légitimes s’expriment, je peux le comprendre, mais en ce qui me concerne, je lis de plus en plus rarement des livres ou des revues autrement qu’en format électronique. Mieux encore, je ne m’abonne plus qu’aux revues m’offrant une version numérique. Comprenons-nous bien, je ne suis pas en croisade contre le papier, mais je suis en faveur du virage numérique.
 
Le plaisir du partage
Bien sûr, mon intérêt pour le contenu va toujours demeurer primordial, quel que soit le contenant, mais j’apprécie la facilité de lecture et la capacité de partager les textes qu’offre le numérique. Facilité de lecture, parce que je peux jouer avec la grosseur des caractères et la luminosité de l’écran, mais aussi parce que j’ai toujours éprouvé un certain inconfort physique à tenir un livre (suis-je la seule?). Plaisir du partage, parce que nous ne sommes plus seulement des lecteurs, nous sommes aussi, de plus en plus, des « partageurs » de contenus (textes, vidéos, etc.). J’ai presque envie de parodier un célèbre adage : hors du partage, point de salut!
 
Étant moi-même rédactrice d’une revue syndicale depuis 2003, je peux comprendre les questions que soulève le choix d’opérer ou non un virage numérique : les lecteurs vont-ils suivre? Jusqu’à quand pourra-t-on continuer d’offrir, à coût raisonnable, les deux formats? Mais ce sont là des arbres qui cachent la forêt. On peut facilement, en s’en tenant à ces deux aspects, oublier ce qui compte vraiment lors d’un virage vers le numérique : il induit une façon différente de concevoir et de diffuser du contenu.
 
Le véritable défi de toute revue ne résidera jamais dans le choix du format et du support. Le choix du papier pose le défi du coût, mais aussi ceux du confort dans la lecture et des conséquences environnementales. Mais – et je vous étonnerai peut-être en le précisant – les mêmes défis se posent dans le cas du support numérique avec, en prime, le défi du partage.
 
Résister à la tentation des PDF
La voie de la facilité que j’observe trop souvent, hélas, dans bien des publications est de prendre la version finale mise en page pour l’impression papier et de la rendre disponible en format PDF. Erreur. Grave erreur même. Il faut adapter la présentation en fonction du support. On ne lit pas de la même façon sur papier, sur un téléphone intelligent, sur un écran d’ordinateur et, encore moins, sur une tablette électronique.
 
Au fond, la question n’est pas de savoir si une revue doit passer ou non au format électronique. Je vois même difficilement comment on pourrait éviter ce passage. La question est plutôt de se demander ce qu’on va offrir comme publication à partir du moment où on décide de migrer, en tout ou en partie, vers le numérique. Non seulement faut-il adapter la présentation en fonction du support, mais il faut aussi adapter les contenus en fonction des capacités qu’offre le numérique.
 
Tous n’ont bien sûr pas les moyens dont dispose Gesca. Je ne crois pas de toute façon que tous, en particulier une revue comme Relations, ont intérêt à aller vers le multimédia comme le fait La Presse+. Toutefois, il faut se poser les bonnes questions et faire les choix les plus susceptibles de plaire à nos lecteurs. Faut-il, par exemple, prévoir des compléments sous forme de courtes vidéos intégrées? Faut-il davantage « imager » l’information (par des graphiques ou autres)? Doit-on continuer d’offrir de très longs textes alors qu’on sait que l’écran est moins propice à ce type de lecture? Surtout, jusqu’où peut-on laisser le lecteur partager les contenus dans les médias sociaux?
 
Oui donc au passage vers le numérique, mais comme le disait un certain commentateur sportif, « y’en aura pas de facile! »