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Vol. 19 no 66

ÉTÉ 2012
Des politiques migratoires qui limitent la citoyenneté, la participation et la protection

 

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 Article - Vivre Ensemble

  Des politiques migratoires qui limitent la citoyenneté, la participation et la protection

Mouloud Idir

 

 Il n’est pas aisé de comprendre la mutation en cours dans la redéfinition des politiques migratoires de nos États. En effet, depuis une quinzaine d’années, de nombreux analystes notent que les décideurs politiques des États occidentaux alignent la plupart des politiques migratoires dans une optique largement déterminée par des impératifs économiques. Cet alignement a notamment pour effet de délaisser les obligations de nos États en matière de protection des réfugiés. Cela s’observe par l’importance que prennent les programmes temporaires de travail que l’on nous vante comme plus «adaptés à nos besoins» du fait de leur «flexibilité». Dans ce bulletin, les lecteurs découvriront l’envers des mesures politiques récentes qui induisent des questionnements de fond que l’on ne peut occulter. Les articles dévoilent les méfaits de choix politiques qui altèrent grandement les principes politiques et citoyens présentés aux nouveaux arrivants comme des fondements de nos politiques d’accueil et d’intégration.
 
L’entretien avec Micheline Labelle, qui porte sur les enjeux liés au racisme, affirme clairement qu’il faut œuvrer à infléchir les approches totalisantes et culturalistes qui contribuent à stigmatiser des groupes. Cela s’avère important au moment où les enquêtes sociologiques démontrent bien que les migrants établis au Canada depuis le milieu des années 1990 connaissent un accroissement de la pauvreté dû notamment à un taux de chômage élevé, même pour des catégories de migrants détenant un haut niveau d’instruction. Micheline Labelle plaide pour que le débat — racisme/antiracisme — se situe sur le terrain «de la compréhension des effets et conséquences des rapports de pouvoir sur les individus et les collectivités. Car le racisme est un obstacle à la citoyenneté; il nie le droit à l’égalité et à la dignité». Ces rapports de pouvoir sous-tendent les restructurations économiques néolibérales que consolident nos politiques migratoires. Dans son analyse de l’Arrêt Fraser de la Cour suprême d’avril 2011, Pierre-Louis Fortin-Legris le démontre : « le changement radical de l’organisation du travail dans le secteur agricole, avec l’explosion de l’utilisation du système des permis de travail temporaires et la précarité du statut de cette nouvelle catégorie de travailleurs agricoles, composée très largement de personnes migrantes, ne semble pas préoccuper les tribunaux ». Ce texte démontre comment ce jugement limite le droit et la liberté d’association des travailleurs migrants confinés à une grande précarité.
 
Tous ces obstacles dressés à l’encontre d’un véritable exercice des droits citoyens des personnes migrantes rappellent l’urgence de revoir non pas le nombre d’immigrants, mais plutôt les choix collectifs de société et l’efficacité des modèles institutionnels.Dans cette perspective, l’entretien avec Michel Pagé, publié dans ce bulletin, porte sur un enjeu fondamental, celui de penser l’intégration linguistique en français des minorités anglophones et immigrantes du Québec. Cet entretien plonge au cœur d’enjeux de grande importance. Alors même que les immigrants détenant la citoyenneté canadienne et maîtrisant parfaitement la langue française peinent devant de nombreux obstacles — souvent dissimulés — en matière d’accès à l’emploi, cet entretien pointe des défis à relever collectivement pour mieux dévoiler les mécanismes qui président à la racialisation de certains groupes. Michel Pagé affirme que «les barrières qui bloquent l’accès à l’emploi pour la frange particulière d’immigrants, pourtant francophones, font bien comprendre que la connaissance du français n’est pas la seule clé de l’intégration à la société francophone.C’est une clé essentielle mais insuffisante».
 
Pourtant, le Québec, en bonne posture pour mieux faire sur ce plan, joue un rôle positif puisqu’il détient seul la sélection et l’intégration dont les dépenses en matière d’intégration et de francisation n’affectent aucunement le trésor public québécois. Le texte de Rafael Crespo et Agustí Nicolau contribue à en prendre la mesure à la lumière des défis posés par une importante immigration à une autre nation sans État comme le Québec, la Catalogne. Cette dernière ne peut pas définir ses propres politiques d’immigration, maiselle doit néanmoins subvenir aux besoins des nouveaux arrivants sans disposer d’institutions et de ministère d’immigration. Pourtant, déclarent Crespo et Nicolau, « entre 1999 et 2009, la Catalogne accueille 1 044 354 personnes d’origine étrangère. Ces immigrants représentent 14,35% du total d’une population de 7 275 420 personnes, et une croissance de la population étrangère de 82%. En guise de comparaison, le Québec accueille, pour la même période, 411 963 immigrants, soit moins de la moitié accueillie par la Catalogne ». Un article éclairant car il permet de poser des éléments de comparaison.
 
Enfin, ce numéro ouvre une réflexion sur les limites du système de protection internationale, qui permet de prendre la mesure des nombreux besoins de cette catégorie de « migrantes et migrants forcés » haïtiens que Wooldy-Edson Louidor suggère de nommer des « réfugiés environnementaux ou climatiques ». Ce dernier texte invite à un déplacement du regard pour que l’on cesse de percevoir l’étranger qui cherche la protection et la sécurité, souvent au péril de sa vie, sous le prisme de l’atteinte à la sécurité publique et de la violation indue du territoire. Karoline Truchon nous y aide aussi par le biais de sa recension du livre du philosophe Guillaume le Blanc.
 
Bon été !



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