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Une théologie de la migration pour inspirer la pratique chrétienne de l’hospitalité

Par : Martin Bellerose

Le lien // L’hospitalité n’est pas un simple geste de bienveillance envers un invité. La façon dont elle se manifeste dépend des valeurs et des principes de celui qui accueille. Lorsque l’hospitalité est mise en pratique par un chrétien on s’attend à ce qu’elle ne soit pas confinée à la vie privée, mais qu’elle prenne une ampleur collective, le risque d’un parti pris en faveur de l’invité venu d’ailleurs et qu’elle veille à sa protection et à son bien être. On s’attend également à ce que cette pratique de l’hospitalité soit inspirée par les Écritures et l’Esprit saint. Ici, j’expliquerai dans un premier temps ce qu’est la théologie de la migration et les défis auxquels elle répond. Ensuite nous jetterons un coup d’œil sur l’exemple biblique de la théophanie de Mamré pour en dé- gager les caractéristiques de l’hospitalité qui y est pratiquée. Pour terminer, il s’agira de voir brièvement comment les théophanies du quotidien interpellent les chrétiens à pratiquer l’hospitalité.

La théologie de la migration

Même si l’expression apparaît au dé- but du XXIe siècle, on en fait depuis bien plus longtemps. Réfléchir sur Dieu à partir de réalités migratoires vécues et observées a toujours fait partie du paysage théologique. Pour la définir brièvement, nous pouvons dire de la théologie de la migration qu’elle se propose de comprendre les réalités migratoires à partir d’un point de vue théologique avec les catégories et les références qui lui sont propres. L’expérience migratoire étant au centre du développement de la foi, il nous est difficile de l’esquiver dans notre « que faire » théologique. Aussi, nous ne pouvons plus faire fi du fait que le judaïsme à partir duquel le christianisme prend forme est celui qui se développe durant l’exil à Babylone. Aujourd’hui nous nous posons la question pour savoir si le christianisme s’est en effet répandu par un élan missionnaire datant du premier siècle, ou si la rapide expansion de la foi chrétienne ne serait-elle pas due au mouvement migratoire des chrétiens qui fuyaient la persécution et qui se sont installés dans des recoins de l’Empire. L’adresse de la première lettre de Pierre et de la lettre de Jacques va dans ce sens. La lettre pétrinienne commence comme suit : « Pierre, apôtre de Jésus Christ aux élus qui vivent dans la dispersion, dans le Pont, la Galatie, la Cappadoce, l’Asie et la Bithynie… » (1 P 1,1) et celle de Jacques comme suit : « Jacques serviteur de Dieu et du Seigneur Jésus Christ, aux douze tribus vivant dans la dispersion, salut. » (Jc 1,1). Ce pourrait bien être ces migrants dont parle le corpus épistolaire qui auraient pu propager le christianisme. Dans l’histoire, la théologie chrétienne a aussi joué un rôle important dans les questions de migration qui ont un impact jusqu’à aujourd’hui. Par exemple, saint Augustin qui, dans les premiers chapitres du premier livre de La cité de Dieu, vante ceux qui ont ouvert les portes des basiliques de Rome lors du sac de 410 afin d’accueillir les personnes venues y trouver refuge; de même que le dominicain espagnol du XVIe siècle, Francisco de Vitoria, et son traité sur la libre circulation des personnes. Ces deux théologiens ont laissé des traces indélébiles dans l’histoire qui servent de trame de fond des différentes initiatives contemporaines de théologie à partir des migrations.

L’exemple fondateur d’Abraham

Lorsque l’on aborde la question de l’hospitalité, le récit de la théophanie de Mamré est probablement le principal point de référence non seulement de la foi chrétienne mais aussi de la foi juive. Il y a dans ce texte un archétype de l’hospitalité où Dieu se manifeste dans l’histoire. On peut donc, à partir de ce récit que l’on trouve en Gn 18,1-15, dégager les principaux critères qui servent à définir l’hospitalité « abrahamique » dans sa praxis contemporaine : D’abord, 1) Abraham va à la rencontre des trois hommes. Alors qu’il souhaite accueillir ces visiteurs, il se place en situation où lui aussi veut être accueilli plutôt que de jouer au bien nanti qui daigne, du haut de sa générosité, accorder un peu de charité aux nécessiteux qui se présentent devant sa tente. 2) Il leur offre un peu d’eau pour qu’ils se lavent les pieds ainsi qu’un aire de repos. 3) Il leur offre de la nourriture. 4) À la fin du récit, l’invité lui annonce la réalisation d’une promesse. En Genèse 19 où il est question de l’accueil que Loth a offert aux deux anges, les éléments ci-haut mentionnés s’y trouvent, mais Loth offre en plus la protection aux visiteurs venus se réfugier chez lui. Les hommes de Sodome veulent avoir des relations sexuelles avec les visiteurs, mais Loth les protège d’éventuelles agressions et atteintes à leur dignité. Il est à noter que le schéma de la théophanie de Mamré se reproduit lors de la dernière cène, mais cette fois de manière renversée. 1) Dieu va au-devant de ses invités afin d’être accueilli et cette fois-ci Dieu sera rejeté. 2) Il lave les pieds de ses disciples. 3) Il leur offre de la nourriture et 4) Il les invite à la réalisation de la promesse du Royaume qui est ici redéfini, car il ne s’agit plus que d’une terre et d’une descendance mais de la vie éternelle dans toute sa splendeur.

Les théophanies du quotidien d’aujourd’hui

Il arrive aujourd’hui plus que jamais que le Seigneur se présente à nos portes et aux frontières des États que nous habitons sollicitant notre hospitalité. Lorsque qu’un réfugié se présente ainsi, c’est le Seigneur qui est là, c’est Christ lui-même, celui qui fut réfugié en Égypte au temps du massacre des enfants par le roi Hérode, celui de l’Évangile de Matthieu (25,35) qui nous dit « J’étais un étranger et vous m’avez accueilli ». q Note: Cet article reprend en résumé une communication présentée par l’auteur le 2 février 2017, lors d’une soirée portant sur la migration et ses enjeux, organisée conjointement par la Bande FM, Jeunesse en mission et l’Echad.