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Retrouver rapidement le chemin d’un dialogue respectueux

Réaction du CJF aux propos du pape Benoit XVI à l’Université de Ratisbonne

Par : Jean-Marc Biron, Directeur du Centre justice et foi

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Retrouver rapidement le chemin d’un dialogue respectueux

Dans un discours à l‘Université de Ratisbonne, le Pape Benoît XVI a développé une réflexion sur le lien entre la foi et la raison au cours de laquelle il a repris un extrait d‘un dialogue entre l‘empereur byzantin Manuel II Paléologue et un lettré persan qui a suscité beaucoup de protestations dans le monde musulman. Sans justifier les représailles violentes qui en ont résulté, nous croyons que cette citation inutile et marginale était mal avisée dans le contexte de tensions que nous vivons actuellement. Elle était blessante pour les fidèles qui cherchent dans l‘islam des chemins d‘intelligence et de paix.

 lire le texte de Benoît XVI, il nous semble que le Pape aurait tout aussi bien pu développer sa thèse du lien essentiel entre la foi et la raison sans utiliser cette citation. Il aurait eu avantage à mentionner que la théologie scolastique a été remise en contact avec la philosophie grecque par des penseurs musulmans comme Avicenne (Ibn Sinâ)  et Averoès (Abù al-Walid ibn Ruchd).

Réagissant en intellectuel qui défend une thèse, on pourrait croire que le théologien Ratzinger a oublié qu‘il est maintenant Benoît XVI, un chef religieux et que, par conséquent, sa parole a un impact mondial et une teneur politique. S‘écartant de l‘attitude de Paul VI et de Jean-Paul II qui ont ouvert des voies au dialogue interreligieux, cette conférence de Benoît XVI risque de jeter de l‘huile sur le feu d‘une situation où les  

rapports sont déjà tendus entre l‘Occident et le Proche-Orient. Comme le rappelle dans le

journal La Repubblica le sociologue italien des religions Renzo Guolo : « En parlant du prophète Mahomet et des sourates coraniques, Benoît XVI a, en fait, violé un tabou établi. Les religions peuvent parler entre elles d‘éthique, de paix, de famille ou de la sécularisation contre laquelle elles voudraient faire front commun, mais jamais des dogmes ou des textes sacrés d‘autrui. Dans ce cas, la communication se brise parce qu‘un réflexe identitaire est immédiatement provoqué. »

Venant de l‘un des plus importants chefs religieux du monde, nous craignons qu‘une affirmation aussi imprudente risque de mettre en péril le dialogue entamé par les communautés chrétiennes minoritaires vivant au cŒur de majorités non chrétiennes.

Alors que tant d‘hommes et de femmes de bonne volonté cherchent à établir des ponts entre les diverses traditions religieuses, alors que des rapprochements se font, ici et ailleurs, entre musulmans et chrétiens, le discours de l‘Église catholique doit plutôt être, comme Benoît XVI l‘affirmait lui-même dans les regrets qu‘il exprimait lors de l‘Angélus de dimanche dernier, « une invitation au dialogue franc et sincère, avec un grand respect réciproque ».

En tant que chrétiens et chrétiennes engagés dans des efforts de rapprochement et de collaboration avec des croyants et des croyantes musulmans, nous sommes préoccupés de l‘orientation donnée au dialogue interreligieux depuis le début du pontificat de Benoît XVI, particulièrement en ce qui a trait à l‘islam. La rencontre avec l‘islam doit dépasser l‘unique rapport entre les cultures pour se situer dans un véritable esprit de dialogue entre traditions religieuses.  

Alors que les religions ont souvent été associées à la violence et aux guerres, il nous importe de continuer à tracer les chemins ouverts par Vatican II en reconnaissant la valeur des autres traditions religieuses et l‘enrichissement mutuel que les croyants de diverses traditions peuvent s‘apporter. Il est essentiel que les tenants de toutes les religions collaborent à la construction d‘un monde commun de justice et de paix. Jean-Marc Biron, Directeur Pour l‘équipe du Centre justice et foi