Secteur Centre justice et foi
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Inscrire nos engagements dans la durée

Conférence-bénéfice

Par : Gisèle Turcot

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CHERS INVITÉS
Votre présence à cette soirée me touche beaucoup et je vous en remercie très sincèrement. En acceptant de prendre part à une activité de collecte de fonds pour le Centre justice et foi, vous appuyez une cause de longue durée : la revue Relations atteindra bientôt elle-même ses 70 années (1941-2011). C’est une dame respectable, entre autres parce qu’une telle longévité pour un périodique est un phénomène rare chez nous. La revue est née de conversations entre jeunes jésuites qui souhaitaient ardemment voir le Québec entrer dans une ère plus démocratique. Elle a largement bénéficié de l’heureux mélange d’un esprit critique doublé d’une forte volonté de construire une société plus juste et d’une présence dynamique de l’Église aux enjeux de l’heure. Le développement du Centre, créé il y a un peu plus de 25 ans, offre de nouveaux moyens de réflexion et d’action dont nous avons bien besoin pour éclairer la période de crise dans laquelle nous sommes entrés collectivement.

Je devine qu’au premier coup d’oeil, le titre de cette conférence vous a étonnés : la durée, c’est bien proche de ce qu’il faut endurer, pour le meilleur ou pour le pire. Mais la durée appelle l’endurance, le durable… et voilà le mot ennobli depuis que nous louons toute entreprise de développement durable.

Qu’est-ce qui m’autorise à discourir sur l’engagement dans la durée? Sans doute le fait que j’aie complété, l’an dernier, 50 ans d’appartenance à la même congrégation – qui m’a endurée dans les hauts et les bas de mon parcours – et le fait que cette appartenance m’ait permis d’inscrire mes engagements aux côtés de celles et ceux qui militent pour la justice sociale, en particulier dans le mouvement des femmes. Et quelle vie passionnante a été la mienne!

Ce soir, je vous invite plutôt à examiner comment, à travers la durée, un mouvement social révèle non seulement sa capacité de résistance à l’usure mais surtout ses mécanismes de rebondissement.

COMMENT TRANSMETTRE LE FLAMBEAU?

Un très beau livre, publié en 2008 sous la direction de Marco Veilleux, est coiffé d’un titre significatif : Transmettre le flambeau. Conversations entre les générations dans l’Église. Trois auteurs de ma génération ont accepté de dialoguer franchement avec trois plus jeunes croyants dans la trentaine. Chaque témoin exprime une foi solide et critique et signale aussi la difficulté d’inscrire cette foi dans une société devenue pluraliste, une société qui n’a pas encore trouvé, dans la langue
de chez nous, les mots pour rendre compte de son espérance. Dans la postface qu’elle signe, la théologienne Anne Fortin, de l’Université Laval, pose la question des médiations. « Le flambeau à transmettre, ce serait peut-être la mémoire de ce
qui n’est plus là, pour permettre de sortir de la répétition du même » car, comme l’écrit Jacques Grand’Maison dans le même ouvrage, « sans mémoire, on répète les mêmes erreurs ». Transmettre, oui, mais s’ouvrir à la nouveauté porteuse du souffle de l’Esprit, tel est l’enjeu.

Une inquiétude semblable règne sur le terrain social, bien qu’elle s’exprime différemment. Même s’il existe au Québec pas moins de 5000 organismes communautaires répertoriés, les principaux mouvements qui fonctionnent avec des membres bénévoles sont en mal de stratégies pour rejoindre les générations plus jeunes. Certes des événements ponctuels connaissent de temps à autre des succès de participation; pensons aux 200 000 personnes et plus qui ont marché pour
manifester leur opposition à l’occupation de l’Irak par les États-Unis (2003), ou bien au premier Forum social québécois en 2007 qui a réuni le double des participants attendus. Dans le monde des jeunes, à part les grèves en milieu étudiant et les rassemblements annuels organisés par l’Institut du Nouveau Monde, rares sont les initiatives qui les réunissent en grand nombre.

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