Secteur Centre justice et foi
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Environnement : l’urgence d’une option d’Église

Conférence-bénéfice

Par : André Beauchamp

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SALUTATIONS

J’aimerais d’abord saluer et remercier chacune des personnes présentes ici ce soir. Vous êtes venu(e) pour des raisons diverses. Parce que l’environnement vous intéresse et qu’un virage de l’Église dans cette direction vous fait plaisir. Parce que l’avenir de l’Église vous intéresse et que l’option pour l’environnement vous semble un créneau porteur. Parce qu’une conférence-bénéfice pour le Centre justice et foi est une bonne façon de faire oeuvre de bienfaisance et de soutenir une équipe de très bon niveau, engagée dans l’analyse sociale et la lutte pour la justice. D’autres enfin sont venus pour moi, pour mes
soixante-dix ans en se disant qu’il n’y en aura plus beaucoup d’autres. Puisse l’avenir vous donner tort!

À vous tous et toutes, merci d’être là. Dans les années 70, j’avais piloté une équipe pour l’élaboration d’une catéchèse pour le troisième âge. Des gens nous avaient dit : l’âge d’or, c’est être hors d’âge. Je suis possiblement déjà hors d’âge. « Avant que la coupe d’or ne se brise, que la jarre ne se casse à la fontaine » (Qo 12,6) permettez que j’aborde une fois de plus, mais cette fois d’une manière fondamentale, la question de l’environnement et du défi, au double sens de difficulté et de chance, qu’elle pose à l’Église. Je suis allé à l’environnement
par hasard, presque par opportunité. Pourtant, dès que j’ai touché à cette question, j’ai eu l’intuition d’aborder un domaine immense et crucial. Voici trente ans que j’y travaille. Les propos que je vous livre feront l’objet de deux ouvrages que j’espère
mener à terme : l’un assez bref sur le défi pastoral pour l’Église et un autre, plus élaboré, sur la spiritualité de l’environnement. Voici en une heure trente ans de travail!

1 – INTÉRÊT MITIGÉ DE L’ÉGLISE POUR L’ENVIRONNEMENT

Je ne pense pas qu’il est exagéré de dire qu’en règle générale l’Église catholique ne s’intéresse pas beaucoup à l’environnement. Il faudrait ici des études approfondies mais j’ai toujours eu l’impression que le milieu anglo-saxon s’est éveillé plus vite à la question que les milieux de tradition latine (il y
aurait ici un clivage culturel) et que les milieux catholiques ont été plus lents à s’éveiller que les milieux protestants, principalement le courant calviniste probablement parce que, comme l’a montré Weber, ce dernier milieu a été plus porté vers
l’esprit du capitalisme. Il faut rendre crédit ici à l’Église catholique d’Allemagne qui est très éveillée depuis longtemps aux questions d’environnement.

L’Église d’ici n’a pas été indifférente à cette question. Rappelons qu’en 1981 les évêques du Québec publiaient une lettre pastorale intitulée « Les chrétiens et l’environnement ». Des évêques venus de l’écologie ont été très tôt convaincus et actifs : Gérard Drainville, spécialiste du saumon, Bernard Hubert, biologiste, Bertrand Blanchet, botaniste, dont la thèse de doctorat porte sur les cédrières au Québec. En 1980, j’avais été pressenti pour rédiger la lettre des évêques. Ma proposition a été refusée, critiquée pour ne pas dire éreintée, entre autres,
par le cardinal Vachon. C’est finalement le bibliste et andragogue Paul-André Giguère qui a piloté la seconde rédaction dans un style très proche de la vie quotidienne. Ma rédaction, plus politique, visait surtout les décideurs. La lettre de 1980 est un excellent document. Dès 1972, lors de la conférence de Stockholm, l’Église romaine avait présenté un
mémoire très élaboré sur la question du rapport de l’être humain à la création. Jean-Paul II a fait de belles ouvertures, d’abord dans Sollicitudo rei socialis en 1987, puis dans une lettre du premier janvier 1990 sur la Paix avec la création.
Il s’agit de beaux textes, très inspirants, mais qui ont eu peu d’échos dans l’opinion publique. Il faut dire que l’opinion publique d’ici ne cherche dans les discours pontificaux que les références au sexe et, dans le cas de Jean-Paul II, malgré toute la qualité de sa pensée en d’autres domaines, les allusions
sur la sexualité sont légion. Aussi fixés que lui sur le même sujet – et pour des raisons opposées – les médias d’ici ne lui faisaient écho que sur ce …

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